Climat de classe,  Gestion de classe

Agir au lieu de réagir

Image par Siggy Nowak de Pixabay

Alexandra Coutlée

Alexandra Coutlée

Conseillère pédagogique au primaire et au secondaire, fondatrice d’Espaceprof


Ah les jeunes aujourd’hui! Ils ne savent plus écouter, n’est-ce pas qu’on l’entend souvent, celle-là? Il semble que plusieurs enseignants vivent des frustrations face aux jeunes qui ne sont pas attentifs. Ils aimeraient être capables de donner leur cours sans être interrompus par les élèves… mais est-ce qu’on veut vraiment d’une classe assise… passive, à l’écoute pendant 55 ou encore 75 minutes de temps? Serions-nous capables nous-mêmes de maintenir cette écoute pendant tout ce temps pendant, disons, une formation ou une réunion? Si les élèves ne sont pas engagés et à l’écoute 100 % du temps, est-ce que c’est toujours notre faute en tant qu’enseignant? Est-ce que nos cours sont mal préparés? Nos activités, ennuyantes?

Il est tout à fait normal de ne pas être toujours attentif. Je suis certaine que vous avez répondu qu’il vous est impossible de maintenir votre attention 100 % du temps pendant une formation de 75 minutes, par exemple, même si la formation est pertinente et bien présentée. Même bien planifié, un cours ne rejoindra jamais 100 % des élèves. Les dérangements que les élèves peuvent apporter dans un cours sont donc tout à fait normaux et prévisibles. Par contre, nuances ici, je ne parle pas des élèves qui dérangent la classe de façon excessive ou même de façon dangereuse. Je parle de petites distractions, comme l’élève dans la lune ou l’élève qui parle à son voisin en chuchotant.

Il arrive parfois que nous réagissions fortement à ces interruptions. Bien sûr, elles sont dérangeantes, mais est-ce nécessaire de perdre 10 minutes du cours à faire la leçon aux deux élèves qui venaient de parler …dérangeant donc l’engagement et l’écoute de tous les autres élèves de la classe pendant ce discours? Il est important parfois de prendre du recul après une mauvaise journée ou une mauvaise période en classe avec les élèves. On a souvent l’impression lors de ces mauvaises journées que les élèves n’étaient pas à l’écoute, que rien ne fonctionnait. Serait-il possible, par contre, que nous ayons surréagi? Parfois, notre manque de patience vient du fait que nous ne prenons pas soin de nous-mêmes. Nous nous imposons une pression très grande d’avoir la classe parfaite, sans distraction. 

Il faut se rappeler qu’on enseigne à des élèves, à des êtres humains, et non qu’on enseigne de “la matière”. Bien sûr, nous avons un programme à couvrir, mais il faut se rappeler que nous travaillons avec des enfants ou des adolescents. Il faut aussi se rappeler d’être bienveillant envers soi-même et se rappeler que nous sommes nous-mêmes des êtres humains. Il serait peut-être possible de gérer la classe en silence… mais dans un climat de peur. Je doute que c’est ce qui vous a motivés à enseigner. Je ne connais aucun enseignant qui se dit : “Moi, un jour, je vais être enseignant pour que ma classe soit en silence et ait peur de moi”.

Plusieurs stratégies simples peuvent aider à gérer les petites distractions. Par exemple, lorsque deux élèves bavardent pendant vos explications, vous pourriez utiliser la proximité. Vous approcher d’eux. Vous pourriez aussi leur demander de cesser de parler, mais à voix basse au lieu de crier devant la classe ou de hausser le ton, ce qui attire l’attention de tous les élèves et cause une distraction plus grande que nos deux élèves qui discutaient.

Un élève a un comportement dérangeant, mais nous ne voulons pas déranger toute la classe? Il est possible de dire à l’élève: “Je remarque ton comportement inadéquat, je vais maintenant donner les instructions au reste de la classe et j’aimerais te parler quand j’aurai terminé.” C’est souvent suffisant pour que l’élève arrête son comportement. Tout le monde a bien vu que l’enseignant ou l’enseignante a vu ce qui se passe, mais la leçon a continué et les autres élèves n’ont pas été pénalisé du comportement de cet élève dérangeant.

Par contre, il est très difficile d’utiliser une phrase aussi calme que celle que je viens de mentionner lorsqu’on est émotif et lorsqu’on est fatigué. Lorsqu’on se met beaucoup de pression comme enseignant, il faut se rappeler que notre objectif est de rejoindre le plus possible les élèves et de les aider à aller le plus loin possible. Vos élèves seront tous engagés cette année… simplement, ils ne le seront peut-être pas en même temps et au même moment.

Se pratiquer peut aussi nous aider à ne pas réagir et, au contraire, à agir par instinct. Lors d’un de mes premiers emplois dans un centre d’appels, on nous avait appris à gérer les insultes des clients… et à ne pas les accepter. Si un client devenait agressif au téléphone, il se faisait avertir une première fois qu’il devait changer de ton. Un 2e avertissement suivait et avisait que nous allions raccrocher si le comportement continuait…et il n’y avait  pas de troisième avertissement. On nous avait fait pratiquer une phrase qui disait: “Madame, monsieur, je vous ai demandé de changer de ton, vous ne l’avez pas fait. Je vais maintenant devoir raccrocher.” Cet espèce d’automatisme me permettait de gérer l’émotivité du moment et de savoir exactement quoi dire lors de moments plus difficiles. C’est un peu comme les pratiques de feu. On se pratique alors qu’il n’y a pas d’urgence pour que ce soit automatique et que l’instinct puisse prendre le dessus si la situation arrive.

Et pour être certain de bien gérer ses émotions : on s’observe et on s’écoute! Si on est fatigué ce matin-là, c’est tout à fait correct de changer sa planification de la journée puisqu’on sait que ce sera plus difficile côté réaction. On peut aussi être complètement honnête avec les élèves et leur dire que nous sommes fatigués et que nous avons peut-être la mèche plus courte aujourd’hui… et que nous avons besoin de leur collaboration. Croyez-moi, souvent, ils sont très humains eux aussi et très compréhensifs.

Pour ne pas être complètement excédé, si on se sent fatigué, si on se sent plus émotif, on prend notre heure de dîner (que l’on devrait prendre tous les jours de toute façon), on prend nos pauses et on peut même fermer la porte de la classe, fermer les lumières et prendre un petit 10 minutes pour relaxer les yeux fermés. Quand on se sent plus émotif, c’est aussi le moment de laisser tomber les copies à corriger ce soir-là. Les copies peuvent attendre un petit 24/48 heures de plus. Il sera beaucoup plus utile à l’élève d’avoir un enseignant calme, qui intervient adéquatement, que de recevoir sa copie d’examen 24h plus tôt.

Alors, la dernière fois que vous vous êtes dit que la journée avait mal été, étiez-vous en mode réaction ou en mode action? Posez-vous la question la prochaine fois que vous vous direz que les jeunes d’aujourd’hui n’écoutent plus rien.

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