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Apprendre à distance

Image par Tumisu de Pixabay

Alexandra Coutlée Espaceprof

Alexandra Coutlée

Fondatrice, conseillère pédagogique en intégration du numérique au primaire et au secondaire

www.alexandracoutlee.com


Je n’ai pas d’expérience avec l’enseignement à distance. Je n’ai jamais géré d’élèves assis dans ma cuisine devant un ordinateur. Depuis plusieurs semaines, par contre, c’est ce que font plusieurs enseignants. On a misé sur le lien, sur la relation avec les élèves. C’est ce qui était le plus important. On nous parle maintenant d’enseignement à distance. Plusieurs formations en ligne sont ou seront disponibles pour appuyer les enseignants dans cette nouvelle réalité.

Je n’ai peut-être pas d’expérience en tant qu’enseignante en ligne… mais j’en ai pas mal en tant qu’étudiante à distance. J’ai suivi cinq programmes à distance avec la TELUQ, fait un certificat en langue anglaise avec l’Université d’Athabasca et je viens de terminer mon diplôme d’études supérieures en technologie éducative de l’Université Laval. Ah! et dans mes temps libres, j’aime bien suivre des cours en ligne gratuits (des MOOC) comme ceux de Coursera ou encore de l’UQTR. Je sais, je suis crinquée ! Parfois, la motivation est la curiosité (comme ce cours sur le bonheur que je suis présentement, pour le fun…ben oui je suis de même), parfois, c’était pour améliorer mon salaire et monter d’échelon. Surtout, c’était pour apprendre.

La déception

J’essaie d’être habituellement positive, mais mon constat de mes cours en ligne est plus souvent qu’autrement… une déception. Les cours ont tous eu, ou presque, la même organisation. Pour les cours asynchrones (donc sans horaire fixe de rencontre), on m’envoie cassettes, livres, vidéos en ligne et PDF : lis ça, réponds au questionnaire qui ne compte pas pour voir si tu as compris et fais le travail à mi-chemin que tu remettras en format Word, Times New Roman 12. Parfois, les cours me donnaient droit à un forum de discussion sur une plateforme à la Moodle où les élèves posent surtout des questions sur les travaux à faire.

En présentiel ? Un cours de 3 h où le prof prend la parole en affichant son PowerPoint… avec un peu d’interaction dans un clavardage où certaines questions étaient répondues… de temps à autre. Pour le reste, on se réfère à des lectures PDF et on se revoit la semaine prochaine pour l’explication du travail à compléter. Parfois, ces travaux étaient en équipe, alors on se débrouillait par téléphone, par Skype, par courriel… ce qui était disponible.

Un cours plate en classe… c’est plate en ligne aussi !

Reproduire le même modèle de cours ennuyant en classe et le transférer en ligne, c’est simple. On s’enregistre en parlant devant notre PowerPoint (ou notre tableau blanc) et on met la vidéo dans une plateforme de diffusion, on y ajoute nos lectures en format PDF et voilà… nous avons mis notre cours en ligne.

Pourtant cette façon de faire n’a rien d’intéressant ! J’ai tout de même complété ces cours pénibles… parce que j’avais payé. Parce que je voulais mon diplôme. C’était pénible, mais je pouvais me dire : il ne reste que 4 semaines ou 6 semaines de cours et j’ai fini. Parfois, les lectures étaient intéressantes ou le prof expliquait bien, mais somme toute, je dois avouer que je naviguais sur mon Facebook un peu trop souvent pendant les cours ! Mon cerveau avait besoin d’être stimulé !

Les cours qui m’ont marquée

Les cours qui ont le mieux fonctionné pour moi sont ceux où l’enseignant prenait le temps de nous connaître. J’ai eu la chance de suivre un cours avec l’impressionnante Margarida Romero. Après quelques cours, elle connaissait nos noms, elle nous interpelait pendant les discussions. Nous allumions nos micros et nous échangions. Elle nous a rapidement mis au travail, en équipe. Nous étions en mode création. Nous devions concevoir un jeu pédagogique pour une matière ou une situation choisie. Des échanges et de la rétroaction synchrone et asynchrone avaient lieu.

Les lectures ou les visionnements dans les cours qui fonctionnaient étaient nécessaires pour contribuer à une discussion, pour être un participant actif et non pour être régurgité dans un travail écrit qui compte pour 40 %. Les vidéos étaient courtes, stimulantes et interactives. Celles-ci s’arrêtaient à différents moments pour nous poser une question… et pas seulement pour voir si on suivait (que vient de dire la personne qui parle ? Voici 4 choix de réponse), une question qui nous amenait à la réflexion : « Monsieur untel affirme xyz. Dans votre milieu, comment appliqueriez-vous ceci ? »

Trop souvent, j’ai vu des cours en ligne être une réplique du cours universitaire qui devait être aussi pénible que celui que j’ai suivi dans mon salon. Je souhaite de tout cœur que pour nos élèves du secteur jeune, autant que ceux du collégial et même universitaire, ce moment en soit un pour faire les choses différemment ! Miser sur la relation avec les élèves, la collaboration, les discussions, la réflexion. Il faudra repenser l’évaluation également, ce qui ne fera pas de tort ! Qui n’a pas souvenir d’avoir terminé un travail écrit sur lequel nous avons passé des heures… pour ensuite recevoir une rétroaction qui ne nous sert à rien, car le cours est terminé et nous n’avons aucune possibilité de nous reprendre (bon, au moins je passe et ce cours est terminé, check).

Apprendre à distance ne devrait pas vouloir dire froid, seul dans son coin et la répétition de vieilles habitudes plates en enseignement ! Osons faire autrement… en classe et à distance.

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