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Ce que l’on s’impose à soi-même.

Image par Gerd Altmann de Pixabay

Alexandra Coutlée

Alexandra Coutlée

Conseillère pédagogique au primaire et au secondaire, fondatrice d’Espaceprof


Les enseignants travaillent fort. Leurs conditions de travail sont souvent très difficiles.  La reconnaissance n’est pas au rendez-vous et bien des jeunes enseignants quittent dans les 5 premières années d’enseignement. Pourtant, personne n’est allé en enseignement en ayant envie de travailler dans des conditions difficiles. Certains irréductibles semblent rentrer au travail avec un sourire et adorer quand même leur métier. D’autres semblent traîner une lourdeur avec eux chaque jour.

Il n’est pas rare de lire sur les réseaux sociaux ou même d’entendre des enseignants dans les salles de profs se plaindre de leur charge de travail. On dirait même, parfois, que c’est un badge d’honneur ou une compétition (bien malsaine) que d’avoir passé son weekend à corriger ou de ne pas avoir eu le temps d’aller à la salle de bain de la journée. L’Internet est rempli de mèmes de ce genre, donnant à penser que c’est la norme, que c’est ce à quoi on doit s’attendre en enseignement.

Mais c’est pesant comme discours… Quand un métier aussi passionnant que l’enseignement est toujours médiatisé comme étant lourd, difficile, pénible… Quand on ne voit défiler que des photos de correction un beau dimanche après-midi, le prof en nous se dit que si nous ne faisons pas de même, nous ne sommes peut-être pas un bon enseignants après tout. À suivre certains débats sur les réseaux sociaux, lorsqu’un enseignant dit qu’il ne corrige pas le weekend, car il décroche et passe du temps avec sa famille… il est plus souvent qu’autrement critiqué. On lui dit que c’est impossible… ou on dit qu’il doit assurément être un enseignant d’éducation physique (comme ci ceux-ci ne étaient des enseignants de deuxième classe…).

Attention, je ne dis pas ici que les conditions sont faciles, je le répète. Je ne dis pas non plus que c’est facile de ne pas mettre des heures en soirée ou le weekend. Que décrocher de notre tâche d’enseignant est tout à fait simple. Je dis seulement que ce discours d’enseignant martyr est lourd et que parfois, nous nous imposons à nous-mêmes des conditions qui n’ont “pas d’allure”! Est-ce que c’est obligatoire de prendre deux heures pour choisir une police d’écriture et des images pour notre examen de lecture aux élèves? Si on le fait parce qu’on aime ça, pas de problème… quand on s’en plaint, on peut peut-être diminuer ces tâches non obligatoires.

On se met une pression de décorer notre classe parfaitement, de faire de la mise en page digne d’une maison d’édition, de remettre nos copies corrigées le lundi alors que l’évaluation a eu lieu en fin de journée vendredi… et de corriger… beaucoup… peut-être trop? On ne se donne même pas le droit de faire pipi! Combien de fois avez-vous fini la journée sans avoir pris de pause et être allés à la salle de bain? Oui à chaque pause, Alicia ou Marc-Antoine voulait vous parler… Mais ça se fait dire à coco: “Je dois aller prendre ma pause, boire un peu d’eau et aller à la salle de bain”… et y aller! Vous allez me dire oui mais, si Alicia a quelque chose d’important qui se passe à la maison, je dois être là pour mes élèves! Bien sûr… mais avouez que ça n’arrive pas à toutes les pauses. Ce sont des exceptions, du moins ça devrait l’être, sinon quelque chose de fonctionne pas!

Donner son 110% semble être dans l’ADN des enseignants… mais à force de rouler le moteur dans le tapis… il se fatigue. Pourquoi ne pas donner notre 100% et s’arrêter là. Voir où on a du pouvoir sur nos conditions de travail et prendre action. Et quand un enseignant ou une enseignante vous parle de son équilibre de vie et de ses stratégies pour ne pas être à bout… il faudrait peut-être prendre des notes, voir les stratégies qui pourraient fonctionner pour nous… et ne pas le traiter de… prof d’éduc! Se respecter, s’entraider, apprendre les uns des autres, travailler sur ce que l’on peut et faire attention à notre discours (interne et externe), ça ce sont des choses sur lesquelles nous avons du pouvoir. Pour le reste, il faudra faire équipe et se mobiliser pour faire valoir nos points avec ceux qui ont la balance du pouvoir sur nos conditions de travail. Autant être solidaires dès maintenant! 

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