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Facile ou difficile?

Image par congerdesign de Pixabay

Valérie Harnois Espaceprof

Valérie Harnois

Enseignante au secondaire


« Je vous laisse quelques exercices faciles en devoir.

Ne soyez pas inquiets, ça va vous prendre quelques minutes seulement. »

Nous sommes nombreux à accompagner nos consignes de mots encourageants pour les élèves. Ces commentaires sont tous dans le but d’augmenter la participation de nos élèves pour qu’ils aient la pratique nécessaire afin de réussir. Combien de fois avons-nous encouragé des élèves en leur disant que la tâche était facile? Ou que c’est difficile, mais qu’ils peuvent y arriver? La question que je me permet de vous poser aujourd’hui est : est-ce que ce genre de commentaire est aidant? Regardons-les de plus près. 

Quand je dis « C’est facile », mon intention en envoyant ce message est que je veux que les élèves complètent le devoir et qu’ils ne le voient pas comme une grosse montagne parce que si c’est le cas, ils risquent de ne pas le faire. Mais est-ce que c’est vraiment le but que mon intervention atteindra?

Prenons quelques secondes pour y réfléchir. Si je qualifie un exercice de facile, l’élève qui le complète ne sent pas qu’il a beaucoup de mérite de l’avoir réussi puisque l’enseignant a dit que c’était facile. Il aura en effet la pratique désirée, mais accomplir des tâches faciles n’augmente pas le sentiment d’auto-efficacité. Mais ça, c’est dans la meilleure des situations. Imaginez maintenant que l’élève ne soit pas en mesure de compléter la tâche. C’est une chose de ne pas être capable de trouver toutes les réponses à un travail, mais un élève qui n’est pas en mesure de trouver les réponses à des activités faciles, c’est difficile pour l’estime de soi. D’un point de vue d’un élève, s’il réussit une tâche facile, il n’a pas de mérite. S’il échoue, il est vraiment pitoyable. 

« Celui-ci est difficile, mais j’aimerais que vous l’essayez quand même. »

On fait souvent ce type de commentaire pour accompagner une tâche plus complexe ou explorative. Encore une fois, regardons le message que nous envoyons.

L’élève fort et motivé risque de le prendre comme un défi et d’y mettre beaucoup d’efforts. Cependant, les autres, qui sont la grande majorité de nos classes, risquent de trouver ce commentaire comme une bonne raison pour abandonner rapidement ou même de ne pas utiliser les stratégies enseignées pensant que l’activité est difficile, donc hors de ce cadre. 

Mais si nous ne qualifions pas les tâches de faciles et difficiles pour les élèves, comment faisons-nous pour les encourager et les guider dans l’effort nécessaire à y mettre? Je vous propose des pistes de solutions.

Il est possible d’encourager les élèves en focalisant sur leur réussite et les moyens pour y arriver. En voici quelques exemples:

« Maintenant que vous avez les stratégies, il ne vous reste plus qu’à les appliquer dans les exercices suivants. » 

« Le devoir est une seule page de lecture. » 

« C’est une pratique, ça ne compte pas, elle rend seulement meilleur. »

« On essaie quelque chose, au pire, tu l’auras bon. Mais ne rien essayer te garantit un échec. »

« C’est la première fois que nous travaillons ce type de tâche. Référez-vous à l’exemple donné (ou aux notes, aux exercices corrigés,…) »

Et j’accompagne toujours du commentaire : « si ça ne fonctionne pas, venez me voir et je trouve une autre solution/ je t’explique d’une autre façon. »,

Certains élèves m’ont demandé de qualifier des tâches « Madame, est ce que celui-ci est facile? » et j’ai pris le temps de leur expliquer pourquoi je ne qualifiais pas les tâches de cette façon. À ma grande surprise, certains ont aussi changé leur vocabulaire à cet effet et mis de côté les qualificatifs de tâche facile et difficile. 

Ce petit changement de vocabulaire augmente le sentiment d’auto-efficacité des élèves et l’implication dans la tâche. En plus, il requiert peu d’efforts de la part de l’enseignant, donne des résultats, et peut être implanté sans préparation. Vous m’en donnerez des nouvelles.

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