Alexandra Coutlée,  Communication avec les parents,  Covid-19 2020,  Espaceprof

Juger les parents

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Alexandra Coutlée Espaceprof

Alexandra Coutlée

Fondatrice, conseillère pédagogique en intégration du numérique au primaire et au secondaire


Amélie était une petite boule de bonheur. Elle me donnait des câlins en quittant le cours… au secondaire ! Mais Amélie ne tenait pas en place lorsqu’on l’avait en classe à la 1re période. Impossible pour elle de retenir ses pensées, tout ce qu’il y avait dans sa tête sortait de façon impulsive. Demander si je m’étais fait couper les cheveux en pleine explication d’un travail d’écriture… devant tout le groupe? C’était le genre de choses qu’Amélie faisait couramment. Elle n’était pas capable de rester en place et se fâchait aussi rapidement si elle ne réussissait pas les exercices du premier coup. 

En après-midi, ça allait mieux. On voyait le changement au milieu de la période d’avant dîner. C’est qu’Amélie prend une médication. Et on la voit la différence quand elle prend sa médication. Son impulsivité avait disparu. Alors pourquoi ça ne fonctionnait pas à la première période ? Parce qu’Amélie ne prenait pas sa médication le matin à la maison. C’est le TES qui lui donnait à son arrivée à l’école. C’était une entente avec elle et ses parents. Une médication de secours gardée précieusement pour elle lorsqu’elle oubliait.

Mais comment un parent peut-il ne pas s’occuper ainsi de son enfant et se déresponsabiliser de cette façon ? Laisser le TES responsable de donner un médicament à un enfant ! Quel encadrement avait Amélie à la maison pour qu’elle quitte ainsi aussi souvent en ne prenant pas sa médication ? Il me semble que de bons parents qui prennent le temps de déjeuner avec leur enfant pourraient lui rappeler de prendre sa médication, non ? Ah, Amélie est élevée seule par son papa ? Voilà, il est monoparental et n’a pas le temps de s’occuper de son enfant…

Vous avez vu comme c’est facile de porter un jugement sur les habiletés parentales des parents de nos élèves ? Amélie est une adolescente. Elle n’est pas un chaton à qui on peut forcer une médication dans la gorge pour son bien… Il est clair que c’est complexe de dialoguer avec bébé chat.

Amélie n’aimait pas les effets que la médication avaient sur elle. Et parfois, Amélie n’avait juste pas envie de prendre sa médication. Son père ? Ultra présent, venait à toutes les rencontres de plans d’intervention et répondait à tous les courriels des enseignants.  Il mettait des limites à la maison, encadrait Amélie du mieux possible. Mais forcer un enfant à prendre un médicament… ben c’est juste impossible. Il ouvrait le dialogue avec elle… et avait trouvé, avec l’aide de l’équipe-école, une solution en laissant de la médication à l’école pour Amélie lorsqu’elle oubliait… ou changeait d’idée. Et en discutait avec le médecin d’Amélie… et son TES régulièrement.

Qu’on soit pour ou contre la médication n’est pas du tout le propos ici. C’est le jugement facile du parent qui ne fait pas sa job qui me dérange. On ne connaît pas la situation de chaque parent. Oui, il y a des parents négligents,  mais il y a bien plus de parents qui font ce qu’ils peuvent. Et à l’adolescence, il n’est pas évident de « gérer » notre ado. 

J’ai connu des parents qui avaient appelé les policiers pour livrer leur ado à l’école ne sachant plus quoi faire ou encore des parents en pleurs lors de retour de suspension qui disent être à bout et ne plus savoir quoi faire. Mes deux enfants sont grands, mais en ce moment, je me demande si je serais capable de les « forcer » à participer à des cours en ligne. Je pourrais en discuter, encourager, être là… forcer ? Pas certaine. Et comme parent, j’aurais malheureusement peur du jugement des enseignants. Vont-ils se dire que je ne suis pas un bon parent puisque mes enfants ne font que très peu de travaux?

Soyons bienveillants dans nos propos envers les parents et envers nous-mêmes comme parents. La majorité du temps, le parent fait du mieux qu’il peut avec ce qu’il a comme connaissances, comme bagage et comme capacités parentales. Je dis bien la majorité du temps. Si l’encadrement parental vous inquiète vraiment, n’hésitez pas à vous référer à des professionnels. Mais je prendrais quand même le temps d’écouter et de voir si l’entraide et l’empathie envers le parent ne seraient pas un premier pas vers un travail d’équipe entre l’école et le parent !

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