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La suppléance n’est pas juste une paye, c’est la meilleure école.

Image par Pexels de Pixabay

Valérie Harnois

Enseignante au secondaire


J’ai fait mon baccalauréat au début 2000. C’était l’époque où nous devions encore aller chercher l’information puisqu’elle ne venait pas directement à nous via notre téléphone. C’était aussi l’époque où nous devions encore appeler pour avoir de l’information. Malgré que la majorité d’entre nous avions un courriel, la norme était de répondre dans les 3-4 jours ouvrables, loin du 2-3 heures que nous connaissons aujourd’hui. La majorité de notre information venait non pas d’un ordinateur ou d’une tablette, mais bien de sources humaines. 

C’est donc à cette époque archaïque que j’ai entendu parler, par des collègues étudiants, qu’en tant qu’étudiante en enseignement, je pourrais faire de la suppléance. J’ai alors sauté sur l’occasion et je suis allée rencontrer les secrétaires d’école près de chez moi pour leur offrir mes services de suppléance (oui, c’est comme ça que ça fonctionnait à l’époque!). 

Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir un appel, dès le lendemain, et de me faire offrir une journée entière de remplacement. J’ai donc pris mon sac, sans trop savoir quoi mettre dedans, et j’ai pris le chemin de l’école. C’était le début d’une histoire d’amour entre moi et ma profession. 

Au fil des années de suppléance, donc de mes quatre années de bac, j’ai travaillé pour quatre commissions scolaires, plus d’écoles que je peux compter, et j’ai rencontré des gens, élèves et collègues qui m’ont appris beaucoup, mais surtout, qui m’ont laissé la place et l’opportunité d’apprendre.

Du haut de mes 22 ans, avec un grand bagage de connaissances théoriques, gracieuseté de l’université, et une expérience personnelle de l’école secondaire en tant qu’étudiante, je n’étais pas toujours en mesure de faire arrimer les deux. Certaines méthodes enseignées, pour moi, ne reflétaient pas la réalité. De plus, j’avais ma propre idée, partiellement basée sur mon expérience personnelle, de ce qu’étais un bon prof. C’est donc au fil de périodes de suppléance que j’ai essayé les stratégies présentées en cours de gestion de classe et celles que je m’étais inventées basées sur mon expérience personnelle. J’ai testé mes hypothèses en ayant droit à une réaction-rétroaction immédiate de la part des élèves. 

Mes apprentissages en suppléance

Mon premier apprentissage a été que ce ne sont pas toutes les stratégies qui fonctionnent dans toutes les circonstances et avec tous les élèves. J’ai donc débuté, à ce moment-là, mon bagage d’expérience qui me permet aujourd’hui de considérer toutes les variables qui m’aident à prendre une décision quant à mon intervention. Par exemple, j’ai appris en suppléance que ce n’est pas parce qu’une efface vole dans le fond de la classe que je dois absolument faire sortir l’élève (voir le texte sur l’efface qui vole pour plus de détails Alex SVP met le lien ☺). Vous l’aurez compris, j’ai fait sortir un élève pour cette raison en suppléance. Cette réaction m’a valu une désapprobation générale du groupe parce qu’ils étaient habitués à se prêter du matériel de cette façon. Toutes mes interactions avec les élèves, et ce, pour le reste de la période, ont été difficiles parce qu’ils ont trouvé que j’avais réagi de façon excessive. 

J’ai aussi appris que certaines stratégies, bien qu’elles fonctionnent, ne sont pas pour moi. Par exemple, le style autoritaire, qui est très efficace pour certains, ne me convient pas. Je ne suis pas bien dans ce rôle-là. J’ai aussi essayé d’être la prof cool qui laissait les élèves aller à la salle de bain quand ils le voulaient. Je me disais qu’en 5e secondaire , ils ne devraient pas avoir besoin d’une permission pour aller aux toilettes. Cet essai du prof cool a évidemment dégénéré rapidement. 

J’ai aussi appris des enseignants que j’ai remplacés. Autant certains m’ont permis de me découvrir en tant qu’enseignante puisque je devais improviser des activités, autant d’autres m’ont permis de découvrir des activités par le matériel et les instructions qu’ils ont laissés. Au fil des années, j’ai découvert toutes sortes de projets, d’activités et de thèmes intéressants. J’ai aussi vu ce qui se faisait dans les autres matières, ce que l’université ne m’a pas permis de faire. Je me rappelle particulièrement une enseignante qui avait laissé les instructions de bien expliquer la différence entre deux éléments avant de passer au cahier d’exercices. Elle avait pris le temps de spécifier que je devais donner des exemples variés et que même si Loïc disait qu’il trouvait ça redondant, je devais en présenter au moins 10. Cette enseignante m’a démontré, par ses simples instructions, que ce n’est pas celui qui parle le plus fort qui est nécessairement le porte-parole de la classe. Elle l’avait compris et grâce à elle, cet apprentissage m’est encore utile aujourd’hui. 

La suppléance pardonne

En suppléance, j’étais reine et maître de mes actions. Je n’avais pas de superviseur de stage qui viendrait m’évaluer. Je n’avais pas de maître de stage qui pouvait débarquer à tout moment dans ma classe et avec qui je discutais de mes prochaines décisions. Je pouvais vraiment, pour une fois, apprendre de mes erreurs sans être dans une situation où mes erreurs allaient paraître sur un document officiel tel qu’un relevé de notes. J’en ai donc profité pour faire quelques erreurs de plus puisqu’elles m’apprenaient tant!

Un beau matin, je me lève avec la brillante idée de faire un débat avec les élèves si l’enseignant n’a pas laissé de travail. Comme de fait, aucun travail n’est laissé, quelle chance! Je me mets donc à l’œuvre, expliquant aux élèves qu’ils vont débattre sur un sujet donné. Je me dis que quand j’étais adolescente, j’adorais débattre de tout et rien, c’est donc la même chose pour tous les élèves du secondaire, non? Et bien, ce matin-là, j’ai appris que tous ne sont pas comme moi quand j’étais adolescente. J’ai aussi appris qu’une activité de cette envergure, non planifiée et sans expérience, ne fonctionne pas. J’ai dû annuler le tout après 35 minutes d’acharnement et improviser pour terminer la période. Les élèves ont donc discuté en sous-groupes pour le reste de la période, tout en dirigeant leur regard connaisseur vers moi, sachant très bien qu’ils m’avaient classée dans une catégorie de suppléants pas très efficaces.

C’est donc au fil d’essais et erreurs que j’ai découvert comment appliquer les différents apprentissages, théories, et opinions personnels dans le feu de l’action. Heureusement, chaque fois que la cloche sonnait, je recommençais à zéro avec un nouveau groupe. Je n’étais pas tenue de maintenir la personnalité que j’avais essayé de m’approprier ou même de maintenir le niveau de permission du groupe précédent puisque c’était de nouveaux élèves qui ne me connaissaient pas. Mes « erreurs de débutante » ne me hantaient pas pour le reste de l’année. J’avais donc l’avantage de faire des erreurs, d’apprendre de ces dernières, tout en repartant à neuf le lendemain, ne gardant que l’apprentissage et le bagage d’expérience des suppléances précédentes.

Alors si vous vous questionnez, en cours de bac, à savoir si c’est une bonne idée de faire de la suppléance ou pas, j’espère que je vous ai convaincus! C’est une expérience qui ne se trouve pas ailleurs et qui permet de mettre en pratique la théorie tout en ayant la possibilité de retourner vers les professeurs et leur soumettre des problématiques particulières. Pourquoi s’en passer?

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