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Le deuil de mon année scolaire

Image par Hans Braxmeier de Pixabay

Alexandra Coutlée

Alexandra Coutlée

Fondatrice, conseillère pédagogique en intégration du numérique au primaire et au secondaire


Il me semble bien ridicule de parler de deuil alors que tant d’autres en vivent des vrais. Mais c’est le seul mot que j’ai trouvé pour décrire ce que je ressens depuis plusieurs semaines. C’est comme si un accident bête m’avait enlevé un être cher. Mon être cher? Mes profs et mes élèves…Et je sais que ce n’est pas pareil… et je sais qu’il y a des choses bien plus graves que la tristesse que je voulais exprimer par ce billet.

Cette année, je n’étais pas en classe. On m’avait offert de me retirer de mon poste d’enseignante au secondaire pour un projet spécifique: intégrer le numérique à l’école. Je savais que le besoin était là et c’était (et c’est encore) une de mes passions, mais je dois vous avouer que j’avais très peur. Peur de faire du “bureau”, d’être déconnectée de la vraie réalité d’enseignant, peur de m’ennuyer du contact quotidien avec les élèves.

Après une période d’ajustement, ce que je craignais n’est pas du tout arrivé. Je me suis retrouvée dans des classes, à travailler avec des profs. J’avais peur de m’ennuyer! Ouf, quelle mauvaise prédiction. J’ai plutôt eu de la broue dans le toupet! Les enseignants avec qui j’ai eu la chance de collaborer cette année m’ont ouvert la porte de leur classe… m’ont accueillie et incluse comme un membre de leur école. Je n’avais pas UN groupe d’élèves, j’en avais des dizaines! J’ai eu des calins au premier cycle du primaire et des : “Tu reviens quand avec tes robots, madame Alexandra” et des jeunes du secondaire qui restaient pendant les pauses pour me jaser techno et me partager leurs propres projets de création avec la technologie.

Alors quand la vie scolaire s’est arrêtée en mars dernier… j’ai vécu les étapes qu’on vit lors d’un deuil. Est venu le choc et le déni: “Ça ne durera pas, je pourrai reprendre les enregistrements de contes avec Monsieur Étienne et ses élèves de secondaire 3 d’ici la fin de l’année.” J’ai passé par la phase de marchandage: “Bon, si l’école recommence avant telle date, nous pourrons terminer notre projet robotique avec les élèves en adaptation scolaire de Mme Linda… “ “Si on retourne et qu’on respecte la distanciation sociale, notre projet de robot Sphero pourrait se faire à l’extérieur avec les élèves de Mme Cynthia.”

Puis est venue la tristesse. Mes profs me manquent… mes élèves aussi (ben oui, je les appelle mes élèves… ils ont le droit que plus d’une personne les aime). Je ne me suis pas rendue à la phase de dépression, mais j’ai eu de la peine. Et j’en ai encore. Il me faudra faire le deuil de tous ces projets inachevés, comme le super projet en réalité virtuelle avec madame Julie, un projet à moitié complété qui se serait soldé en une production écrite que j’avais tellement hâte de lire. Et ce projet de création en réalité virtuelle en arts avec madame Sylvie… avec une super équipe qui avait décidé d’innover, pas à peu près!

J’en suis maintenant à mi-chemin entre la tristesse et l’acceptation. Ces projets resteront inachevés… comme une cabane dans un arbre que les enfants devaient terminer, mais ne l’ont pas faite….et que ces jeunes sont maintenant trop vieux pour avoir envie de la faire. Il faudra se concentrer sur de nouveaux projets. Il faudra voir le côté positif et se dire que ce projet est encore possible éventuellement et que ce que nous avons acquis comme expérience nous servira plus tard et dans d’autres choses. Et se dire que nous avons bien d’autres chats à fouetter que ces projets.

Mais je suis triste. Et mes profs et mes élèves me manquent.

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One Comment

  • Richard Picotin

    Superbe texte qui me conforte avec la conviction que j’ai toujours eue qu’un véritable enseignant vit difficilement la coupure avec ses élèves. Au moment de ma retraite c’est ce qui m’a fait le plus de peine. C’est pourquoi depuis plus de quinze ans de retraite je continue de fréquenter des adolescents dans le développement de la pratique des débats et cela à travers le Canada. L’annulation de nos activités pour la raison que l’on connait, les organismes pour lesquels je travaille, Association des débats et discours étudiants, la Fédération canadienne des débats étudiants, se sont mis à réfléchir sur les moyens technologiques de poursuivre nos actions par le biais de la technologie. Au Québec, la CSRDN est le chef de file du débat étudiant. C’est pourquoi ce pourrait être intéressant de combiner nos efforts. J’en ai déjà glissé un mot à Nadia et au conseil d’administration de l’ADDEQ. Les enseignants\es d’ECR sont déjà très impliqués\es ainsi que Paule Hamelin, la conseillère pédagogique. Qu’en dites-vous?
    P.S.: pour des références http://www.csdf-fcde.ca ou encore Liette Picotin

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