Espaceprof,  Motivation,  Reconnaissance

L’entourage de l’enseignant

Ma grand-mère Florence aurait voulu être enseignante. Petite, elle en rêvait et quand est venu le temps de continuer ses études, son père lui a répondu qu’une femme n’avait pas besoin d’aller à l’école pour apprendre à changer des couches. Autre époque et autre mentalité. Quelle ne fut alors sa fierté que d’apprendre que j’allais exercer le métier dont elle avait rêvé. Elle me le dit régulièrement lorsque je la vois et ça me touche et me rend très fière, chaque fois. Fière non seulement d’être enseignante, mais de savoir que les filles ont maintenant le droit d’accéder à leurs rêves et à une éducation, de leur choix.

Les gens de notre entourage sont souvent très fiers de ce que nous exerçons comme métier. Ils sont au premier rang de notre quotidien. Ils suivent autant nos joies que nos angoisses. Ils voient le VRAI nombre d’heures travaillées et le dévouement que nous dirigeons envers notre tâche et nos élèves. En ces temps où plusieurs enseignants souffrent du manque de reconnaissance, la reconnaissance et la fierté de notre entourage sont essentielles. Je pense à ma mère qui annonce fièrement que je suis enseignante lorsqu’elle me présente à quelqu’un. Je pense à mon conjoint qui m’écoute, m’appuie et contribue même à ma classe en déménageant des bibliothèques ou même en prenant en stage d’un jour un de mes élèves un peu démotivé qui avait besoin d’un objectif et d’une motivation de plus.

Sarah, enseignante au primaire, me parle de sa mère et de son soutien: “Elle écoute les 1001 réussites de mes élèves! Ma mère est vraiment fière lorsque je lui annonce qu’il ou elle a finalement réussi à faire xyz. Elle demande de leurs nouvelles et leur achète même des surprises choisies en fonction de leurs intérêts. Elle les connaît aussi bien que moi! “

Un support essentiel

Bien que les gens de notre entourage ne soient pas en classe avec nous, ils sont bien au courant de tout ce que nous vivons. Ils sont là pour écouter et nous supporter quotidiennement. Combien de conjoints ou de conjointes connaissent par coeur le nom de tous les élèves de notre classe? Ils peuvent nous demander comment s’est débrouillé Gabriel lors de la dernière évaluation et s’inquiéter de la situation familiale de Jade avec nous. Ils sont aussi parfois une ressource importante qui peut nous donner des pistes de solution. Carlota, enseignante au secondaire, me confie que son amoureux est d’une aide précieuse.  “Il me donne un regard extérieur et m’aide à y voir plus clair lorsque j’ai des périodes plus difficiles.”  Lorsqu’on a le nez collé sur une situation, on ne voit parfois plus de solution. Le regard externe de proches peut nous apporter des idées auxquelles nous n’avions même pas pensé.

À la maison, c’est souvent le conjoint ou la conjointe qui prend le relais lors des vagues de correction et de temps de l’année plus occupés. Leur compréhension de ce qu’est un début d’année et tout le lot de travail qu’il implique, de la période de correction intense avant les bulletins ou du “rush” de fin d’année nous permet de souffler un peu quand ils prennent le relais. Parfois, c’est même la famille qui peut le prendre. Ayant élevé ma fille seule, c’est ma mère qui a assisté à de nombreuses rencontres de parents à ma place. J’étais en rencontre moi-même avec les parents de mes élèves et, bien que j’avais le coeur gros de ne pas pouvoir assister à la rencontre pour ma fille, j’étais rassurée d’avoir ce soutien qui me permettrait d’avoir quand même les informations nécessaires pour encourager et appuyer mon enfant à l’école.

Les gens de notre entourage sont aussi extrêmement généreux. Ils savent à quel point il est difficile d’avoir tout le matériel nécessaire et que souvent, c’est nous-même qui payons bien des choses. Que ce soit en don de livres pour la classe, en meubles et mobilier ou même en temps, nos proches sont souvent une ressource extraordinaire pour nos classes. Ariane, enseignante au primaire, me dit: “Mon conjoint a accompagné mon groupe de troisième année lors d’une activité à l’école pour laquelle il n’y avait pas de parent bénévole. Il a eu une meilleure idée de mon quotidien”.

Mais attention…

Le soutien de l’entourage est essentiel, mais toute personne proche d’un enseignant sait que certaines phrases sont à proscrire. Lorsqu’un enseignant vit un moment difficile et se sent un peu envahi, lui rappeler qu’il a deux mois de congé l’été n’est pas la phrase à dire. Pourquoi est-ce que cette phrase vient chercher les enseignants? Premièrement, il faut savoir que les enseignants ne sont pas payés l’été. L’école est fermée et le service de paie également. Les enseignants non permanent doivent donc se tourner vers le chômage, mais n’y ont souvent pas droit, car ils ont déjà un contrat de prévu à l’automne. Ils doivent donc vivre sans salaire pour ces “vacances”. Les enseignants permanents, quant à eux, peuvent demander qu’on prélève un montant sur chaque paie afin d’étaler leur salaire. Ils paient donc eux-même ce congé.

Les enseignants peuvent donc sembler privilégiés d’avoir l’été de congé, mais si un employeur vous permettait de prendre deux mois de congé à vos frais et que la perte salariale ne vous inquiétait pas, vous seriez tout aussi privilégié… La différence, c’est que les enseignants n’ont pas le choix. De plus, beaucoup d’enseignants travaillent l’été. Ils préparent leurs cours ou même travaillent ailleurs pour compenser le manque de revenus.

Ne vous détrompez pas, par contre, nous sommes plusieurs à l’apprécier, ce congé, mais il est plus que mérité!

Il faut aussi éviter le jugement… parfois un peu trop facile. Non, les enseignants de primaire ne font pas juste jouer et corriger des dessins. Nous ne sommes pas en congé lors des journées pédagogiques. Elles sont essentielles et bien remplies, croyez-moi! Et non, vous ne pourriez pas brasser le tannant en secondaire 2 et lui “parler dans le casque”. Intervenir auprès d’élèves, c’est délicat, c’est réfléchi et c’est éducatif!

Et personnellement, la phrase qui me fait le plus mal: “Eh que je ferais pas ta job!” Bien oui, vous la feriez. Si vous voyiez comment elle peut être belle, vous auriez envie vous aussi de vous dépasser et d’être passionné…et d’être enseignant. Si vous voyiez l’impact que nous avons en tant qu’enseignant chaque jour, voir la lueur dans les yeux d’un élève, voir le sourire d’un autre qui vit une réussite… vous aussi vous la “feriez ma job”. Elle n’est pas toujours facile, mais elle est tellement importante et gratifiante.


Merci à tous ceux qui nous appuient et nous supportent dans notre beau métier. Merci à nos proches de faire partie de notre classe, de notre école, de notre quotidien!

One Comment

  • Ginette Laurin

    Tout ce que vous dites est tellement vrai!
    Je suis à la retraite depuis près de 3 ans. J’étais enseignante au primaire et quand je rencontre certains de mes anciens élèves et collègues, ils se rappellent de mon conjoint qui était souvent présent auprès de moi et de mes élèves. Le métier d’enseignant n’ est pas de tout repos, mais il est tellement gratifiant. Ma sœur aînée était enseignante au primaire et j’ai découvert cette profession grâce à elle. Aujourd’hui, ma vie est remplie de bien d’autres belles choses et je regarde ma nièce évoluer comme enseignante en mathématique au secondaire et je me dis qu’elle a pris la relève avec brio.
    Bravo!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *