Alexandra Coutlée,  Enseignement positif,  Espaceprof,  Motivation,  Nouveaux enseignants

Les premières années en enseignement (2)

Garçon, lecture

Après plusieurs années d’études, des stages en classe et bien des travaux théoriques, les jeunes enseignants sont souvent fébriles de commencer leur carrière et d’avoir enfin leurs élèves à eux. Malheureusement, plusieurs d’entre eux quittent dans les cinq premières années de carrière. Selon une étude du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante, c’est 25% des nouveaux enseignants qui quittent le métier,  une perte considérable de potentiel de relève.

Plusieurs raisons expliquent leur départ: tâche lourde ou partielle, instabilité d’emploi ou désillusionnement quant au métier qui est plus difficile qu’imaginé. Plusieurs vivent une ou des premières années loin de ce qu’il s’étaient imaginé. Pourtant, il ne faut oublier les 75% qui restent et qui ont trouvé comment mieux vivre les débuts dans ce métier. Je vous présente donc cinq jeunes enseignants qui ont gracieusement accepté de me partager leurs bons coups et leurs conseils aux nouveaux enseignants!

Enseignante 2: Sophie

Sophie a enseigné cette année dans une classe en adaptation scolaire. Ses élèves ont entre 9 et 12 ans et leur niveau scolaire varie de la 1re à la 6e année. Elle a obtenu une tâche à 100%, en voie de permanence. Elle a donc SON poste. Les difficultés de ses élèves sont variées. Plusieurs ont des troubles de comportement, d’autres, des troubles de langage ou de dyspraxie. D’autres n’ont pas encore de diagnostique.  Sophie a, depuis janvier, un TES avec elle dans la classe en tout temps et elle adore cette collaboration. Elle s’est également impliquée dans deux comités à son école.

Elle a eu une année difficile. L’année a bien débuté, mais au mois de novembre, elle a pensé tout lâcher. Elle est allée consulter sa direction et un plan a été mis en place. Une équipe de conseillers et un éducateur spécialisé ont été demandés. Le TES est arrivé vers la fin janvier.

Ce qu’elle regrette? De s’être mis autant de pression. Elle dit qu’elle n’avait pas la bonne attitude. Elle pensait que tout reposait sur épaules et était uniquement de sa faute.  Elle a travaillé à accepter de prendre seulement les responsabilités qui lui revenaient. Elle a aussi réalisé que l’université ne peut pas nous préparer à tout. Il y a beaucoup de bureaucratie qu’elle n’avait pas prévue et des choses à ne pas oublier… comme de commander les livres de l’auteur qu’on a fait venir à l’école. Si c’était à recommencer, elle ne changerait pas grand-chose. Cette expérience lui a permis d’apprendre. Elle sait que l’année prochaine sera différente et qu’elle sera une tout autre enseignante : une version Madame Sophie 2019 améliorée. Chose certaine, elle commencera l’année prochaine avec une attitude différente.

Mais elle voit l’enseignement toujours d’un oeil positif malgré les difficultés rencontrées. Elle a réussi à tisser des liens significatifs avec ses élèves. Certains ont vécu leurs premières réussite scolaire dans sa classe, et pas seulement des réussites scolaires. Plusieurs ont développé des aptitudes sociales ou amélioré leur estime d’eux-mêmes. Elle est aussi très fière d’avoir réussi à utiliser la littérature jeunesse et d’avoir donné le goût de lire à plusieurs de ses élèves.

Sophie a eu la chance d’être très bien entourée. Elle a eu le soutien de collègues, mais aussi du personnel de soutien et de la direction. Elle a même eu du support de la part de certains parents. Elle n’échangerait son TES pour rien au monde. Elle a également eu la chance de participer au programme de mentorat et à des formations. Discuter avec d’autres enseignants qui commencent leur carrière l’a aidée à mettre les choses en perspective.

Sophie aura la même classe l’an prochain avec quelques élèves en moins.  Ce qui la motive beaucoup est qu’elle va déjà connaître la moitié de ses élèves et elle sera là encore l’an prochain pour les voir évoluer. Ce sont ses élèves qui la motivent le plus, même s’ils sont parfois aussi la raison de son épuisement à certains moment. Elle retrouvera également sa précieuse équipe-école sans qui elle n’aurait pas pu réussir cette année. Elle a aussi la chance d’avoir un chum qui la motive à continuer et qui lui offre le support nécessaire lorsque les choses vont moins bien. Le support du conjoint est essentiel, car on ramène souvent le travail à la maison en enseignement.

Un conseil à donner aux futurs enseignants? Elle leur dit : “RESPIRE. Tu vas arriver à la fin de l’année comme tout le monde. Prends du temps pour toi, sinon tu ne survivras pas!”

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