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Madame Gabrielle

Image par tookapic de Pixabay

Gabrielle Levesque

Gabrielle Levesque

Enseignante au secondaire


Je m’appelle Gabrielle. On m’appelle madame Gabrielle, madame Levesque ou parfois rien que madame. On me tutoie et d’autres fois on me vouvoie. Mes élèves me disent souvent bonjour quand ils entrent dans ma classe, alors que d’autres fois, ils passent devant moi sans me saluer. On ne me demande pas souvent comment je vais, mais je suis toujours la première à vouloir savoir comment tous vont. C’est important pour moi.

J’aurais pu être secrétaire parce que je prends des notes tout le temps. Il y a des papillons autocollants partout sur mon bureau et dans mon agenda. Les notes et les rappels, je sais les gérer. J’aurais pu être juge dans une grande cour parce qu’il m’arrive de gérer des conflits lors des travaux d’équipe ou même des chicanes entre amis. J’aurais pu être médecin aussi parce que mes élèves ont tout le temps mille et un bobos que je tente de soigner, à coup de pansements, comme je le peux. Il y a les bobos du cœur aussi, les premières peines adolescentes que j’arrive à gérer telle qu’une psychologue le ferait. J’aurais pu faire toutes ces professions parce que je passe ma journée à exercer un peu chacune d’entre elles. J’en passe même.

Or, j’ai décidé d’être enseignante. Tout le monde ne comprend pas combien c’est prenant, et je dois me justifier une fois de temps en temps. J’enseigne le français au secondaire. J’exerce mon métier à temps plein, de nuit comme de jour. Jusque dans mon insomnie, je crée, je réfléchis et je planifie du nouveau, toujours. J’exerce mon métier avec tout mon cœur, vraiment. Même si mon cours de français n’est pas nécessairement celui que les jeunes apprécient le plus. J’aime la langue française, j’aime enseigner et j’aime enseigner en voulant partager mon amour de la langue avec mes élèves. Je répète cela tous les jours, toutes les semaines, à chacun de mes cours.

J’ai à me perfectionner pour le bien de mes élèves et j’aime apprendre pour devenir toujours meilleure. J’ai à planifier, à corriger, on m’évalue, puisque je suis encore précaire et je travaille, finalement, près de 50 heures par semaine, souvent même plus. Je travaille à l’école, je sais corriger entre deux brassées de lavage et j’arrive à planifier à toute heure du jour sur n’importe quel coin de comptoir lorsqu’il le faut. Ces belles et grosses journées occupent mes semaines, mes mois, chaque année et j’enseigne même parfois l’été pour ma commission scolaire tellement j’aime ce que je fais.

Pratiquement tout ce que je fais en une semaine est ici résumé en près de 275 mots. J’adore mon emploi. J’adore enseigner. J’adore faire découvrir et apprendre en retour. La seule chose qu’il me manque, c’est de la valorisation. Sincèrement, j’aurais envie de quelques mercis de plus. J’aurais envie de confettis un peu plus souvent, j’aurais envie que ce qu’on fait au quotidien soit mis en valeur, par tous. J’aurais envie qu’un groupe m’attende à la fin de mes semaines comme on encourage le marathonien qui vient de terminer sa course en un temps record. Peut-être est-ce trop demandé, peut-être est-ce exagéré, mais en attendant, je me contenterai des sourires de mes élèves et du fait qu’ils participent joyeusement à mon cours lorsque cela leur plait parce que ces petits moments valent beaucoup plus que toutes les payes du monde.

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