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Nostalgie


Lise Gauthier

Enseignante à la retraite


Debout devant la fenêtre, café en main, j’observe les enfants qui  s’amusent dans la cour d’école. Dans quelques jours, ils seront en vacances. L’année scolaire leur a-t-elle paru trop  longue ou trop courte? Et qu’en est-il du sentiment des profs?

Est-ce la grisaille installée depuis trop de jours,  la conscience du temps qui passe ou les deux, je l’ignore, mais ce matin, j’éprouve une grande nostalgie. J’ai pris ma retraite de l’enseignement en juin 2006 et j’ai peine à croire que les années aient passé si vite!

Le film de ma carrière d’enseignante déroule dans ma tête. Les souvenirs refont surface et je réalise que je m’ennuie encore de ce temps-là. Je me revois à ma première année d’enseignement, âgée de vingt et un an et je me dis que le feu sacré m’a permis de passer au travers. À la suite d’un revirement de dernière minute, ma tâche prévue d’enseignement de l’histoire en deuxième et troisième secondaire ( appelées à l’époque, huitième et neuvième année) a donné ceci : sept périodes de français en neuvième scientifique et tutorat, sept périodes de français en huitième générale, deux périodes d’histoire/semaine (changement de groupe fin janvier) et une période d’histoire/semaine dans deux groupes. Je n’avais pas de vie! Je devais préparer quatorze périodes de français et deux périodes d’histoire chaque semaine. Et on ne parle pas de la correction! Mais vous savez quoi, c’est un de mes plus beaux souvenirs!

Bien sûr, tout n’a pas été rose. Je revois ma consoeur de français qui avait perdu la plus belle classe de neuvième année et qui me fusillait du regard dans la salle des profs et qui ne voulait rien partager avec moi. Mais je me souviens aussi du plaisir du travail d’équipe, en histoire, à refaire le programme, en ne comptant pas les heures supplémentaires. Je m’ennuie encore de ces personnes si inspirantes, si généreuses  et si dynamiques.

Changements d’école, changements de direction, changements de personnel, les années se suivent et demandent souvent beaucoup d’adaptation. Après trois années à enseigner dans une école de filles, j’ai enseigné quatre ans dans deux écoles mixtes avant de prendre une pause pour élever ma famille. J’ai eu la chance d’y rencontrer des personnes dévouées à leur tâche pour qui le succès de leurs élèves passait avant tout. Le dynamisme au sein du personnel enseignant est important. Malheureusement, il y a  parfois des divergences dans la façon de fonctionner qui occasionnent des frictions.

Je suis revenue dans l’enseignement en 1984, dans une école privée de Laval, enseignante en cinquième année primaire. De 1998 à ma retraite, j’ai enseigné à la CSDL, en quatrième, cinquième et sixième année.

En revisitant mon parcours, je constate que malgré la somme titanesque de travail, les embûches, les nombreuses réformes, la non-reconnaissance de notre travail, je m’ennuie…

… de la fébrilité du mois d’août quand, bien souvent, on attend notre distribution de tâches;

… du plaisir des achats personnels de matériel pour commencer l’année;

… de l’impatience de consulter les listes de nos nouveaux élèves;

… de l’excitation du jour de la rentrée;

… des remises en question, des rires et des pleurs partagés;

… de la lumière dans les yeux avides de connaissance;

… des mille et un projets de classe pour susciter  le désir d’apprendre:

… des rencontres avec des parents souvent dépassés par les difficultés de leur enfant;

… du sentiment d’avoir fait la différence ne serait-ce que pour une seule personne;

… de l’énergie renouvelée par un seul mot gentil venant d’un parent;

… et bien plus encore…….

À vous enseignants d’aujourd’hui, je lève mon chapeau. Votre quotidien est souvent lourd, car les contraintes sont nombreuses. Vous aurez  parfois des envies de tout laisser tomber, car il est ardu de faire face au manque de ressources, au manque de communication entre direction, confrères, parents, au désintérêt de certains élèves malgré tous vos efforts. Ces problèmes ont  malheureusement toujours existés. Mais une chose est sûre : vous êtes partie prenante du développement de plusieurs enfants ou adolescents et vous laisserez votre marque dans leur parcours de vie. Rappelez-vous les profs qui vous ont accompagnés  pendant vos études!

Vous êtes  les piliers essentiels du cheminement des adultes de demain et même si, pour certains, vous entrevoyez la retraite avec impatience, je peux vous affirmer qu’un jour, vous vous ennuierez  de ces années .

4 Comments

  • Suzanne Bouilly

    Très beau texte Lise. Moi-même maintenant enseignante, je repousse encore le moment de la retraite malgré mes 64 ans. Je suis d’accord avec toi. Le temps passe vite quand on aime ce qu’on fait.

    • Alexandra Coutlée

      Réponse de Lise: Merci Suzanne Bouilly et oui le temps passe vite! Il est loin le temps où je t’ai enseigné l’histoire.

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