Brigitte Clavel,  Covid-19 2020,  Espaceprof

Notre GPS intérieur, un outil nécessaire à la résilience professionnelle

Image par Lynda Sanchez de Pixabay

Brigitte Clavel

Conseillère pédagogique à la réussite


Quelques jours avant que le Québec tout entier soit arrêté à cause de la Covid-19, ma collègue Barbara-Ann et moi avons fait une activité avec des enseignantes et des enseignants qui suivaient un cours que l’on ne fera plus jamais à notre CS sur la gestion des comportements.  Cette activité portait sur le dernier thème de ce cours : la résilience.  Bien que le moment était étrangement choisi pour certains (tout de suite après la relâche), jamais nous n’aurions pensé, ce jour-là, que ce thème prendrait autant de sens.

La résilience

Dans ce texte, c’est ma propre conception de ce sujet que je souhaite aborder. Cependant, avant d’y parvenir, qu’est-ce, au juste, que la résilience?

Lors d’une entrevue[1] offerte dernièrement sur les ondes de Radio-Canada Première à l’émission Pénélope, Boris Cyrulnik, neuropsychiatre qui a médiatisé ce concept dans le livre « Un merveilleux malheur », définissait la résilience comme la reprise d’un nouveau développement après un traumatisme ou dans des conditions adverses.[2]

Bien qu’aborder sous l’angle de traumatismes, de catastrophes, il faut savoir que cette résilience peut être nécessaire dans différentes sphères de notre vie.  La souffrance ne vient pas nécessairement que d’événements aussi dramatiques que la guerre ou la maltraitance, mais peut aussi provenir de stress ou de difficultés d’ordre professionnel, par exemple.  C’est ce que l’on nomme « la résilience professionnelle », soit cette capacité qui nous permet d’assumer de manière flexible les situations limites qui ont eu lieu dans notre environnement de travail.[3]

C’est intéressant, me direz-vous, mais comment y parvenir?  Comment devenir résilient? Lors de son entrevue, Boris Cyrulnik mentionnait que, pour faire preuve de résilience, il faut utiliser les facteurs de protection que nous avons acquis avant même la blessure.  Je voulais donc vous présenter mon outil de protection, celui qui me permet, à moi, de reprendre pied face à certaines situations et je l’ai nommé « mon GPS intérieur» (guide personnel de soutien ou de survie)[4].

Mon GPS intérieur

On prend un chemin, on sait où l’on s’en va.  Notre GPS contient d’emblée tous les tracés à prendre, toutes les données y sont stockées.  Le chemin est connu, on l’a planifié avant de partir.  Tout à coup, en cours de route, arrivent les imprévus : des travaux imprévus, un effondrement, un chemin inexistant ou détourné… Que fait alors notre GPS?  Il “recalcule”, il évalue les options, les chemins possibles qu’il faudra désormais emprunter.  Il sera probablement nécessaire qu’il fasse des “recalculs en cours” à plusieurs reprises, qu’il s’ajuste en cours de route… Donc, voilà à quoi sert notre GPS interne, il nous sert à retrouver notre chemin, même inconnu; il nous sert à retrouver l’équilibre à la suite d’une situation stressante.  Bref, il nous sert de « facteur de protection »…

Depuis le 13 mars, il y en a des GPS qui s’agitent, qui calculent, recalculent, décalculent et analysent, celui de tous les enseignants qui ont vu le chemin de leur 3e étape disparaître devant leurs yeux, celui des accompagnements des conseillères et conseillers dont je suis, celui d’autres professionnels, des directions d’école et j’en passe….  Il faut pourtant bien continuer à avancer même si, le 13 mars 2020,  le temps a semblé s’arrêter pour bon nombre d’entre nous… Cependant, et c’est là que notre GPS devient plus que nécessaire, on nous demande de continuer d’avancer, de nous rendre à un point précis (pas toujours si précis), mais probablement pas celui que nous avions prévu.  C’est là que le GPS joue son rôle. 

Vous me direz : « oui, mais, Brigitte, ce n’est pas tout le monde qui utilise son GPS ou qui sait s’en servir! ».  Vous avez raison!  Monsieur Cyrulnik mentionnait, d’ailleurs, qu’il fallait utiliser des facteurs de protection présents AVANT la blessure… Alors que certains n’ont pas confiance en le leur, d’autres ne l’avaient probablement jamais utilisé avant ce jour, car cela leur faisait peur.  Le changement fait peur, l’inconnu fait peur, il faut s’y adapter ou abandonner…  à l’instar des technologies nécessaires en ce temps de confinement.  Dans ce cas aussi, il faut utiliser des comportements de résiliences, sinon, on se perd, on perd nos repères et ça peut être long avant de se retrouver si on laisse notre GPS éteint. 

J’aimerais vous présenter un exemple concret : le mien.  En plus des changements dus à la Covid-19, j’ai appris dernièrement que des dossiers que je jugeais importants, voire essentiels au développement professionnel, des dossiers qui me tenaient à coeur et dans lesquels je me sentais compétente, ont été retirés des données stockées dans mon GPS.  On m’impose désormais un nouveau chemin et cela m’a fait vivre un très grand déséquilibre… Comment réagir? Suis-je obligée de prendre le chemin que l’on m’impose? Non.  C’est aussi pour ça que je dois utiliser mon GPS, pour retrouver mon équilibre, mais cela ne signifie pas tout accepter, s’écraser… Cela signifie faire des choix qui ne sont pas toujours évidents à faire et choisir, c’est aussi renoncer pour reprendre la célèbre citation d’André Gide… C’est aussi ça, avoir un comportement de résilience… C’est retrouver son équilibre dans les épreuves que l’on vit en utilisant les outils nécessaires et en faisant les choix les plus adéquats pour nous…

Être résilient, changer le tracé du parcours se fait rarement dans la joie et l’allégresse.  Sur le coup et pendant un moment, cela nous fâche, nous attriste, nous met à OFF, nous déprime.  On se sent démuni, abandonné, seul… On commence par tenter d’influencer le chemin à suivre, mais on n’a malheureusement pas toujours les outils qu’il faut pour ce faire et il n’est pas toujours possible de forcer le barrage. C’est à ce moment que l’on doit remettre en route notre GPS, car le chemin risque d’être désormais plus long, plus compliqué, plus cahoteux, car on ne le connait pas… Faire preuve de résilience, c’est aussi continuer d’avancer autrement.  Qui sait ce qu’on y découvrira?  On déteste l’expression « c’est un mal pour un bien », mais ce n’est qu’après qu’on réalise à quel point cela peut être vrai… C’est donc en avançant sur un nouveau chemin qu’on trouvera notre équilibre en développant de nouveaux outils, en demandant de l’aide au besoin, en collaborant autrement…

Il y a un élément essentiel à ne pas oublier à travers ce cheminement, c’est qu’il faut prendre soin de soi que ce soit en attachant notre ceinture, en faisant des arrêts par moment ou en prenant du temps pour réfléchir, du recul; que ce soit en observant ce nouveau chemin qui est devant nous, en baissant la fenêtre question de prendre une grande bouffée d’air frais ou en revenant sur nos pas si le chemin ne nous mène pas à un endroit sécuritaire… Bref, il ne faut pas oublier d’être bienveillant envers nous-mêmes, car il se peut qu’on se trompe de chemin malgré notre GPS…

Parfois, certaines situations mettent notre GPS en déroute (ex. : les différentes consignes du MEES), il faut alors faire ce que l’on peut sans culpabiliser… À vous qui naviguez dans le monde de l’éducation et qui avez dû vous adapter, je vous lève mon chapeau et quand vous serez finalement en vacances, je vous suggère d’éteindre votre GPS et de partir sur un road trip


[1] Boris Cyrulnik a offert une entrevue, le 1er avril dernier, à Pénélope McQuade dans son émission radiophonique sur les ondes de Radio-Canada Première.

[2] Définition présentée dans l’entrevue que Boris Cyrulnik a donnée à Pénélope McQuad le 1er avril dernier, dans son émission radiophonique sur les ondes de Ici Radio-Canada.

[3] Source de la définition : denospensees.fr

[4] Inspiré de l’outil numérique GPS (Global positioning system)

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