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Rester mais changer

Pour plusieurs enseignants, c’est le temps de l’année où nous recevons nos tâches ou les contrats possibles dans l’école où nous sommes actuellement. Moment angoissant qui cause bien des émotions pour plusieurs! Le groupe de 4e année tant attendu a été donné à une autre collègue et on nous a donné de la 6e dont nous ne voulions pas. C’est à notre collègue qu’on a attribué le groupe d’anglais enrichi auquel nous étions convaincus d’enseigner à nouveau cette année et dont la planification était enfin à notre goût. Parfois, c’est même d’apprendre qu’il n’y aura rien pour nous du tout à notre école et que nous devrons recommencer ailleurs… et vivre avec l’incertitude pendant nos « vacances ».

C’est souvent à ce moment que certaines remises en question se produisent. Est-ce que je devrais changer d’école puisque l’ambiance qui règne à la mienne ne me plait plus? Est-ce que je me lance et j’essaie le primaire au lieu du secondaire ou est-ce que je tente ma chance à l’éducation aux adultes? Est-ce que j’accepte de perdre mon ancienneté et m’essaie dans une autre commission scolaire afin de me rapprocher de la maison? Beaucoup de questionnements et malheureusement, peu de décisions complètement sans risques. Mais parfois, le changement peut apporter du positif, aussi!

Changer de champ ou de type d’établissement

Lysianne, enseignante de français au secondaire, n’avait pas de contrat à temps plein dans son champ d’enseignement à sa commission scolaire et on ne lui offrait qu’un contrat au primaire…en anglais langue seconde. Un gros changement et une grosse décision, mais elle a fait le saut. Ce changement lui a apporté plus d’autonomie professionnelle, mais aussi plus d’occasions de développement au niveau de la commission scolaire.

Il est effectivement possible de se faire reconnaître une capacité d’enseignement dans un champ (matière) autre que le sien. Je vous invite à consulter le syndicat et les ressources humaines afin de voir quelles solutions existent. Parfois, la reconnaissance d’une capacité peut être possible à la suite d’une expérience de travail jugée valable ou à la suite de l’acquisition d’un certain nombre de crédits universitaires. Certains milieux, comme le Cégep, permettent aussi de faire le saut, et ce, sans maîtrise. Il faut par contre valider, car certaines matières demandent une maîtrise alors que d’autres permettront d’enseigner seulement avec un baccalauréat dans une matière donnée. Faire le saut à l’éducation aux adultes est aussi une option, mais il faut valider avec le syndicat ou la commission scolaire afin de connaître le processus d’embauche puisqu’il s’agit parfois de listes différentes.

Changer… quand on n’a pas vraiment le choix…

Lorsque l’on n’a pas de poste permanent et que, année après année, on doit « choisir » un contrat, on vit alors beaucoup de changements de milieux. Comme le mentionne Jonathan, enseignant au secondaire: « Ça a été négatif, puis encore plus négatif, puis positif, puis encore plus positif, pour ensuite être correct pour finalement être acceptable. En juillet, on verra si c’est négatif, moyen ou positif. Quand c’est pas toi qui décides vraiment, ça reste toujours une belle surprise! »

Parfois, aussi, un changement est imposé, et ce, même aux enseignants permanents. Lorsqu’une école connaît une baisse démographique dans son secteur ou lorsque des changements sont effectués dans certaines matières (par exemple, la fermeture d’un groupe de musique ou d’un groupe d’adaptation scolaire), c’est l’enseignant de ce champ ayant le moins d’ancienneté qui doit se trouver autre chose ailleurs… et parfois, les choix sont limités. C’est le cas de Sylvie qui a dû quitter une belle petite école toute neuve qu’elle appréciait beaucoup pour se retrouver dans un école beaucoup plus vieille et beaucoup plus grosse. Elle a dû s’organiser avec des outils et du matériel plus désuet, une salle de classe beaucoup plus sombre et un budget-école plus limité. Par contre, l’équipe-école étant plus grande, elle a enfin pu travailler avec une équipe- matière au lieu d’être seule dans sa matière.

Changer de milieu pour améliorer sa qualité de vie

Les séances d’affectation, les règles d’attribution de contrats et les disponibilités d’emploi ne nous permettent pas toujours de choisir l’école près de chez soi. Ce fut le cas de Nancy qui a dû changer d’école puisqu’une enseignante avec plus d’ancienneté l’avait supplantée à la séance d’affectation. Elle n’avait donc pas choisi l’école qu’elle a rejoint l’année scolaire suivante. Malgré tout, elle a beaucoup apprécié l’école et les collègues. Par contre, Nancy explique qu’elle souhaitait tout de même changer d’école pour être plus près de la maison. Le temps de voyagement ainsi réduit, elle pouvait être plus présente à la maison pour les enfants. « Au début, j’ai trouvé ça difficile puisque je n’avais plus ce sentiment agréable et facile. Mais j’ai vu ça comme un nouveau défi! Je termine bientôt ma 3e année dans ma nouvelle école. Je me sens bien et proche de mes élèves. Je suis vraiment heureuse d’avoir pris cette décision et je ne voudrais pas revenir en arrière », me confie Nancy.

Parfois, pour changer, il faut être patient et attendre l’occasion de le faire. Kim n’avait plus de plaisir à son école. La culture et l’ambiance avaient changé et plusieurs collègues qu’elle appréciait avaient déjà quitté le navire. Changer d’école lui permettrait donc de vivre autre chose, de se rapprocher de chez elle et potentiellement d’obtenir une tâche qui lui plaisait plus. Kim raconte : « Je surveillais donc les mutations pendant deux ans de suite en me promettant (et me convainquant) qu’advenant un poste au 2e cycle, je ferais le “move”. Le poste apparut; c’était le même niveau que celui auquel j’enseignais. Quelle soirée! J’étais au courant de l’ouverture de ce poste depuis trois semaines, j’avais rencontré la direction et j’avais bien sûr essayé de soutirer des infos sur l’équipe à des amis qui y travaillaient déjà, mais je n’arrivais pas à prendre une décision. L’angoisse de faire le mauvais choix, de regretter celui-ci, mais aussi la grande tristesse de quitter une grande amie, une collègue en or avec qui j’avais eu la chance de travailler pendant les 10 années. » Kim a fait le grand saut, encouragée par sa bonne amie et collègue.

« Maintenant que l’année tire à sa fin, je suis plus que satisfaite de mon choix. J’ai fait la rencontre de super collègues. De plus, j’aurai la chance de retourner l’an prochain à mes premières amours, puisque j’enseignerai au niveau que je préfère et qui était maintenant disponible pour moi. Mais surtout, j’ai du plaisir. Ce n’est pas toujours parfait, il y a certaines choses que je préférais à mon ancienne école, certaines façons de fonctionner, je m’ennuie du travail d’équipe que je pouvais réaliser avec mon amie, mais j’ai de nouveau du plaisir : du plaisir à me rendre au travail et avec mes collègues. » ajoute Kim.

Quand la vie nous pousse vers les changements

Alexandre, quant à lui, a obtenu un poste permanent dans une commission scolaire dès sa sortie de l’université, car il n’y avait personne de disponible dans son champ. Il a été en poste pendant six ans dans sa commission scolaire avant de faire le changement. C’est le retour aux études de sa conjointe, et donc un déménagement, qui fut à la base de ce changement. Cela impliquait donc soit de vivre l’amour à distance ou de faire un sacrifice professionnel.

Est-ce que le changement a été difficile? Oui et non. « J’ai commencé ma carrière dans une école où nous étions une petite équipe-matière de cinq enseignants au premier cycle, tissés serrés. J’ai appris rapidement le partage et la collaboration. J’ai eu la chance, dans ma deuxième commission scolaire, de tomber sur un remplacement d’une enseignante tout aussi généreuse. Elle fut d’une grande générosité, et a communiqué régulièrement avec moi. L’équipe école m’a accueilli. En fait, chaque équipe-école m’a accueilli, et la collaboration entre collègues a toujours été présente, et d’une grande aide. En retour, j’ai toujours été généreux de mon temps et de mes propres projets. Je pense que c’est une clé importante, » me dit Alexandre.

Alexandre avoue par contre que tout ne s’est pas fait sans heurts. « D’abord, je n’avais pas connu les contraintes habituelles des débuts du métier : contrats à temps partiel, demi-années, se faire offrir d’enseigner dans une matière d’un autre champ…  C’est ça que j’ai trouvé difficile. Je n’avais jamais quitté mes élèves à la mi-année et surtout, je ne m’étais jamais retrouvé dans une nouvelle école en mi-année. Ça, surtout, ç’a été difficile pour le moral… d’avoir à recréer des liens avec les élèves en février, alors qu’ils ont perdu une enseignante qu’ils appréciaient.  J’ai même pensé tout lâcher. Aller travailler chaque jour quand tes 180 élèves ne veulent pas suivre ton cours, c’est démoralisant. Heureusement, mes collègues étaient incroyables et m’ont épaulé. »

Il a même changé une troisième fois de milieu et travaille maintenant dans une troisième commission scolaire. Il explique : « À ma troisième commission scolaire, donc après les études de ma conjointe, lorsque nous sommes revenus dans notre région d’origine, j’ai vécu le même genre de situation : la force des collègues, mais les contraintes de recommencer à zéro.  Heureusement, j’ai appris de mon expérience et je savais à quoi m’attendre. Je choisis mes contrats en fonction de mes limites. Une constante, toutefois, ce sont les élèves. Possiblement parce que j’ai toujours été en banlieue (rive-nord ou rive-sud), mais ultimement, un groupe d’élèves, c’est un groupe d’élèves. Sur ce plan, je n’ai pas ressenti le besoin d’adapter mon style d’enseignement. »

Il ajoute : « Finalement, je dirais qu’au point de vue positif, ce que j’en retiens, c’est que j’ai une vision beaucoup plus ouverte que bien des collègues. Tant dans ma deuxième que dans ma troisième commission scolaire, j’ai maintenant vu des projets, des idées qui ont bien ou moins bien fonctionné ailleurs.  J’ai vu ce que d’autres CS, d’autres directions et même d’autres syndicats ont tenté ailleurs et j’ai l’impression que cela me donne un bagage que d’autres n’ont pas. Bien qu’il y ait, dans chaque milieu, quelques personnes qui n’apprécient pas qu’un petit nouveau arrive avec des opinions tranchées, en général, on apprécie le fait que j’arrive avec une ouverture et des idées nouvelles, et ce, autant chez les directions que chez les collègues. »

Et si c’était à refaire? Alexandre dit : « En bout de ligne, je ne regrette rien et si je pouvais retourner dans le temps, je ferais 95% des choses de la même façon.  Possiblement que j’éviterais les remplacements qui se terminent à la mi-année. C’est la chose que j’ai trouvée le plus difficile. Mais, je me souhaite quand même une stabilité. »

Changer fait toujours peur. Mais parfois, le changement, ça change le mal de place. Rien n’est parfait nulle part, mais il est possible qu’un changement vous fasse du bien. Êtes vous mûrs pour un changement? N’hésitez pas à solliciter les avis d’autres enseignants sur leur milieu dans les commentaires sous cet article! Vous trouverez peut-être le milieu qui améliorera votre mieux-être enseignant.

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