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S’arrêter quand il n’y a pas de fin…

Image par Gerd Altmann de Pixabay

Alexandra Coutlée Espaceprof

Alexandra Coutlée

Fondatrice, conseillère pédagogique en intégration du numérique au primaire et au secondaire


Lorsque le 13 mars les écoles ont fermé, on m’a envoyée à la maison en me disant qu’on me donnerait des nouvelles le lundi. J’ai pris mes outils technos le plus possible et… me suis retrouvée à la maison. Cette année, je n’ai pas d’élèves, j’ai été libérée de ma tâche pour appuyer mes collègues enseignants dans des projets technos. Je faisais de la robotique, de la programmation, de la réalité virtuelle. J’accompagnais en classe et je donnais des formations sur les outils à des personnes débutantes, intermédiaires et avancées. Ça allait de Comment ouvrir un Chromebook à Automatiser une tâche sur un site web. J’adorais ce que je faisais.

Et puis boum… tout s’est arrêté. Les premières semaines, le ministre avait bien dit : « Les élèves et les enseignants sont en vacances. » Mais pas les conseillers pédagogiques, les secrétaires, les orthopédagogues… alors je me suis mis à l’ouvrage et j’ai aidé, du mieux possible, tout ce beau monde à distance. Pas évident d’aider quelqu’un avec son ordi à distance ! On n’a pas le même système devant nous, l’ordi n’est pas à jour… ah oups, tu es sur Internet Explorer c’est pour ça que ça ne marche pas (enseignants aux prises avec ce problème avec vos élèves… ça vous parle ?).

Chaque soir, j’avais l’impression d’avoir été utile. On me remerciait et on était tellement gentil avec de beaux mots de reconnaissance… mais moi, j’avais un point dans la poitrine, je culpabilisais… ce courriel non répondu… j’aurais pu prendre un autre 5-10-15 minutes pour aider. Et je répondais, le soir, le weekend… tout le temps.

Et puis la vague des appels, courriels, Messenger d’enseignants a déferlé. Tous voulaient se lancer. Moi qui prônais le numérique depuis des années, j’étais bien sûr, heureuse. Mais comment aider tout le monde ? La boîte courriel qui se remplit chaque heure, les textos d’amis, des conversations sur Messenger, les appels téléphoniques. Alex, connais-tu un logiciel qui… ? Alex comment je fais pour activer cette fonction dans…? Alex, j’ai perdu mon mot de passe, je fais quoi?

J’ai écouté des enseignants pleurer au téléphone… complètement désemparés. D’autres m’ont sorti tous les beaux mots d’églises (pas contre moi, tout le monde a été gentil, ne vous inquiétez pas. Le stress et l’anxiété ça sort de toutes sortes de façons). J’ai sorti ma plus belle écoute, ma plus belle empathie. Comme je sais que les enseignants, qui doivent vivre la même chose que moi avec les élèves, ont fait.

Et… je me suis oubliée. Je terminais chaque journée avec beaucoup plus d’heures que prévu, avec un mal de tête. Des journées qui n’en finissent plus. Je répondais même dans mon bain ou pendant un intervalle de course/marche… et ça m’arrive encore. Quand on a envie d’aider, c’est dur de mettre « la switch à off. » On sent qu’on va être utile, qu’on aide. Comment on dit non ? 

Je vivais la même chose avec les élèves. Je donnais des récups « sur le bras ». Je ne prenais pas de pause pour écouter l’élève qui avait de la peine ou avait besoin de jaser… et j’étais brûlée. J’aimerais vous dire que j’ai trouvé l’équilibre… mais non. Je réponds encore trop souvent le weekend. Je ne sais pas dire non quand je peux aider.

Par contre, j’ai changé ma façon de faire. J’essaie d’être à l’écoute de ce que je ressens. Si je réponds par culpabilité, avec un mal de tête et une fatigue extrême, je me parle. J’arrête et je me parle, oui oui. Je me dis : « Eille la grande, ça suffit ! » Si par contre, je suis relaxe en train d’écouter une autre série plate sur Netflix et que la question me prend deux minutes… et que je ne ressens aucune culpabilité ou mal être, je réponds.

Est-ce que c’est la bonne chose à faire ? Je ne sais pas. Je cherche l’équilibre et je ne le trouve pas encore. Aider c’est comme dans l’ADN d’un prof… faut croire qu’un an sans élèves ne m’a pas enlevé mon côté prof… mais je n’ai pas envie de me brûler et de ne plus être utile à personne. Je vous invite donc à être bienveillants envers vous-même (ben oui, c’est mon mot préféré)… et à vous écouter un peu… plus… ) Pour reprendre le cliché « On met son masque d’oxygène en premier ! »

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