Espaceprof,  Jessie Villeneuve,  Santé mentale

Vivre avec un trouble anxieux en enseignement


Jessie Villeneuve

Enseignante au secondaire


En 2013, le diagnostic est tombé : je souffre d’un trouble d’anxiété généralisée. Ça veut dire quoi? Que même d’être assise tranquille devant mes émissions de télévision préférées me donne une boule dans le ventre. Que je n’ai jamais l’esprit tranquille. Que je pense à mes cours 24h/24h, et ce, même quand je dors. Que j’ai l’impression de n’être jamais à la hauteur. Que j’ai le trac avant chacun de mes cours avec mes élèves. Pénible, me direz-vous? Oui, mais…

Petit retour en arrière…

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été anxieuse. Mais à l’époque, je ne le savais pas vraiment parce que ce n’était pas le genre de chose dont on parlait. Et je n’en parlais pas parce que je croyais que c’était normal de vivre comme ça quotidiennement. Je croyais que lorsque j’aurais terminé mes études, ça se placerait, que c’était mon besoin d’être la meilleure dans tous mes cours (ce que je sais aujourd’hui être de l’anxiété de performance) qui me rendait ainsi.

Avant chaque examen, j’avais mal au cœur, j’avais les mains glacées, j’avais juste envie que ça finisse. Je cassais les oreilles de mes amis avec mes fameux « Je vais me planter. », « Je ne me souviens de rien. », « On commence-tu que ça finisse? ». Mais finalement, j’avais toujours des notes bien au-dessus de la moyenne. Mon entourage en avait assez de m’entendre me plaindre alors que tout le monde savait très bien que j’allais « scorer », encore. À l’université, j’appelais ma mère en pleurant et j’étais offusquée de me faire répondre : « Ça va bien aller, comme d’habitude. »

Par la suite, j’ai obtenu mon brevet pour enseigner le français au secondaire. Mais comme il n’y avait pas de contrat disponible dans mon champ dans ma CS, j’ai commencé en enseignant les mathématiques et les sciences. Eh bo-boy! Ce qu’on ne ferait pas pour gagner sa vie! Je ne me sentais pas à la hauteur, j’avais le cafard tous les jours, j’avais l’impression de « scrapper une cohorte ». Et puis, je me suis adaptée et les élèves ne se sont jamais doutés de quoi que ce soit.

Après deux ans, je suis déménagée et j’ai changé de commission scolaire. Repartir à zéro (Ben oui, comme la toune de Joe Bocan!!! Y’a que les plus vieux qui sauront de quoi je parle!) C’est là que tout a basculé et que je suis allée consulter. C’est là que j’ai obtenu mon diagnostic. C’est là que ça a pris de la médic. Ayoye! À ce moment-là, j’ai commencé à me demander pourquoi je m’infligeais ça.

Aout 2013. Contrat à 66% en français, trois planifications différentes dans une nouvelle école. Y’a de quoi stresser un brin! Et puis, je me suis adaptée.

Aout 2014. Pas de contrat, chômage jusqu’en décembre. Finalement, on m’offre un 100% en français jusqu’à la fin de l’année dans une nouvelle école. Et puis, je me suis adaptée. Ça allait mieux. J’adorais l’école, je me suis fait des amies. On a cessé la médication, mon temps d’adaptation était enfin passé.

Aout 2015. Pas de contrat, chômage jusqu’à la fin novembre. J’ai même  consulté une conseillère d’orientation pour voir quelles étaient les avenues possibles tellement j’en avais marre que tout soit toujours à recommencer. Finalement, on m’a appelée pour m’offrir un 100% en français jusqu’à la fin de l’année dans une nouvelle école… Tsé, y’a toujours cette école où tu te dis que tu n’iras jamais? Bien moi, c’était celle-là. C’était loin, je suis chochotte sur la route l’hiver, encore plus quand il fait noir à partir de 16h. J’ai “toughé” trois jours. Je me suis mise à vomir, à avoir la diarrhée. J’étais convaincue que j’avais fait une indigestion. Eh bien non, une attaque de panique, toi chose! Reprise de médication. À VIE, que le doc m’a dit… Ç’aura pris deux mois de congé maladie pour que je me sente assez forte pour y retourner. Puis je me suis adaptée. Puis j’y suis restée quatre ans, par choix. J’y ai même obtenu mon propre poste. Bien oui, à cette école que je redoutais, celle-là même où je ne voulais tellement pas aller. J’y ai adoré la gang, je me suis fait les meilleures alliées qu’il soit possible d’avoir dans son milieu de travail, ces alliées sont même devenues aujourd’hui mes meilleures amies.

S’adapter

Ah! l’adaptation. Ce mot que l’on entend perpétuellement dans notre domaine. Mais le monde de l’enseignement est ingrat pour les gens qui éprouvent de la difficulté à s’adapter. Ce n’est franchement pas fait pour tout le monde. Quand tu es encore précaire, tu dois passer des jours, des semaines, des mois à te demander si tu auras du travail. Et quand tu en as, tu dois parfois te résigner à accepter une tâche qui te sort de ta zone, qui te fera te demander si tu y arriveras, autant financièrement que psychologiquement. Et même quand tu deviens permanent, tu dois t’adapter. Nouveaux élèves, nouvelle tâche, nouveaux locaux, alouette!

Survivre

Mais vous savez quoi? De sans cesse devoir être bousculée dans ma zone de confort m’a permis d’apprendre beaucoup sur moi et de développer des astuces pour survivre.

1-      S’entourer

Dans ces moments de détresse psychologique, même quand on a le goût de ne voir personne, de se mettre en boule et de pleurer, le meilleur remède demeurera toujours de bien s’entourer. Appelez les gens qui vous font du bien, qui croient en vous, qui sont toujours de bon conseil, qui vous font rire. Allez prendre un café, un verre, organisez des soupers entre amis. Ne restez pas à la maison à planifier 20 fois votre semaine. Vous avez besoin de changer d’air.

2-      S’exposer

Souvent, quand on est anxieux, on a le réflexe de fuir les situations qui risquent de nous ébranler, de nous fragiliser. Mais au prix de plusieurs maux de ventre, j’ai compris que le mieux était de se mettre en action, que de sortir de sa zone de confort rendait encore plus fort. Parce que oui, j’ai vécu bien des moments difficiles, mais j’ai toujours fini par m’adapter. Et je sais que ce sera toujours ainsi. Il faut respecter son propre rythme, il faut être patient, mais souvent, le jeu en vaut la chandelle.

3-      S’accepter

Le plus difficile, c’est d’accepter sa condition. On voudrait être comme tout le monde, c’est honteux de dire qu’on prend de la médication pour passer à travers. Mais mon médecin m’a expliqué qu’une maladie mentale est en fait une maladie physique, qu’il y a quelque chose dans mon cerveau de différent, qu’il a des dysfonctions. Certaines personnes prennent de la médication à vie pour des maladies comme le diabète, l’hypertension, etc. Moi, je prends de la médication parce que mes neurotransmetteurs sont paresseux et que la transmission de sérotonine ne se fait pas normalement. En plus, ces pilules-là, pour plusieurs, font prendre beaucoup de poids! Mais à un moment donné, il faut s’accepter, lâcher prise, se dire que l’état mental vaut mille fois plus qu’un corps de rêve.

Il ne faut pas non plus avoir peur du jugement des autres. Parlez-en. C’est la meilleure façon de permettre à votre entourage de comprendre qu’il ne suffit pas de respirer pour que ça passe. Que c’est un peu comme dire à quelqu’un qui a le rhume d’arrêter de tousser. Ça ne sert à rien, ça ne marche pas de même.

4-      Se trouver des activités

Permettez-vous de vous évader le plus souvent possible. Faites des activités qui vous font penser à autre chose. Faites de l’exercice, de la méditation, prenez le temps de vous adonner à votre passion. Pour ma part, j’ai lancé une petite entreprise de confection de produits cousus sur mesure. Comme ça, l’enseignement ne prend plus toute la place dans ma tête. Ça change le mal de place, comme on dit.

Évidemment, si j’en avais l’occasion, je vendrais mon anxiété pour pas cher sur Marketplace. Mais comme il ne risque pas d’y avoir un grand marché pour ça, je fais de mon mieux chaque jour pour apprendre à l’apprivoiser. Même que dans le cadre de ma profession, elle me permet de comprendre davantage ce que vivent mes élèves anxieux. Je leur donne des petits trucs pour qu’ils se sentent mieux et le plus important, ils savent que je ne les juge pas.

Et vous? Quelles sont vos astuces qui vous permettent de mieux gérer votre anxiété au quotidien?

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