Décrocher,  Gestion du temps,  Lâcher prise,  Santé mentale,  Santé Physique

La charge mentale des enseignants

Vous connaissez la charge mentale? C’est en fait ce petit hamster dans notre tête qui roule en tout temps. On peut le vivre dans bien des métiers et même dans notre quotidien. La BD suivante sur la charge mentale des femmes a été partagée sur Internet il y a quelque temps et représente bien ce qu’est la charge mentale ou la charge cognitive.  En enseignement, elle affecte autant les hommes que les femmes et s’applique à tous les postes, de suppléant à enseignant-ressource, en passant par nos collègues travailleurs en éducation spécialisée et même par nos directions!

Est-ce que j’ai oublié quelque chose? De remplir un formulaire? Est-ce que Sacha va bien? Il m’inquiète depuis quelques jours… Est-ce que j’arriverai à tout couvrir avant la fin de l’ann? Ah! Et voici un roman que je devrais lire, car il semble intéressant et pourrait être ajouté à ma planification de l’an prochain. Ce genre de pensées incessantes vous rappellent quelque chose? Font-elle partie de votre quotidien?

Bien que passionnés par notre métier, parfois, cette charge cognitive incessante peut causer du stress, de l’anxiété et même de la détresse. Elle est parfois ressentie par une pression qu’on se met sur les épaules et peut facilement venir nous envahir. On a alors l’impression que notre travail n’arrête jamais. “J’ai tellement à coeur de bien faire les choses parce que … Est ce qu’il y a quelque chose de plus fragile et essentiel que le développement d’un enfant ? ” me confie une enseignante au primaire.

Est ce qu’il y a quelque chose de plus fragile et essentiel que le développement d’un enfant ?

Ce qui nous envahit

La recherche de solutions

Les enseignants sont en mode solution. Malgré le manque criant de ressources, ils cherchent quoi faire. Il n’est pas rare de voir les enseignants passer des heures à lire sur Internet des textes portant sur les difficultés d’apprentissage, à chercher sur Pinterest une façon d’adapter un bureau et une chaise pour un élève pour qui il serait bénéfique de travailler debout ou de lancer une question sur les réseaux sociaux afin de trouver une solution pour un élève qui a de la difficulté avec un certain type d’évaluation. Ce mode de recherche de solutions est très louable, mais souvent envahissant. Certains mentionnent qu’il est possible de décrocher un peu de la pédagogie… mais pas des élèves. “C’est plus difficile de décrocher des élèves. Je me demande souvent ce que je pourrais faire de différent,  je m’inquiète pour eux, je me demande dans quel état ils seront au retour d’un congé”, me confie une autre enseignante au primaire. Ce qui est très difficile, c’est de vivre le sentiment d’impuissance qui nous envahit… et, pour certains, même la nuit. Plusieurs enseignants m’ont confié vivre de l’insomnie, car ils n’arrivent pas à décrocher de ce sentiment d’impuissance. Une autre enseignante au primaire me confie : “Je ressens de l’impuissance quand je regarde mes élèves en grandes difficultés qui dépriment un peu plus chaque jour puisqu’ils comprennent qu’ils n’arrivent pas à comprendre comme leurs pairs. Et que malgré leurs besoins criants, ils n’auront jamais l’évaluation et les ressources dont ils ont tant besoin, car d’autres élèves avec des besoins tout aussi importants, mais plus apparents, passent en priorité.”

Pour certains enseignants, cette recherche de solutions n’est pas présente que pour les élèves. Ils cherchent aussi un plan B pour quitter le navire et faire autre chose, car cette charge mentale vient trop les affecter. Certains se questionnent à savoir s’il pourront tenir encore longtemps. Mais c’est cet amour pour les élèves qui les tient en place encore un peu…

La technologie envahissante

La technologie permet une meilleure communication et bien des projets motivants et inspirants ne pourraient être possibles sans elle. La technologie permet aussi une meilleur organisation et parfois même de gagner du temps. Elle peut par contre devenir envahissante. Les courriels s’accumulent rapidement lorsqu’on n’a pas eu une minute pour répondre. Les enseignants ne sont pas assis derrière l’écran et c’est très bien ainsi. Nous voulons qu’ils soient en interaction avec les élèves et non assis devant un poste à taper des réponses. Pourtant, ils me confient subir souvent la pression de répondre rapidement aux parents ou aux directions. Répondre aux courriels se fait souvent le matin, en arrivant plus tôt que l’heure indiquée à notre horaire ou en soirée pour rattraper le temps. Ce temps supplémentaire pèse, et si on met cette tâche de côté en se disant “Je décroche…”, on sent tout de même cette pression des courriels qui s’accumulent et on se sent coupable.

Il existe de nombreux outils très pratiques pour communiquer avec les parents et les élèves tels que Classe Dojo, Google Classroom ou autre. Certains enseignants ont même une page Facebook pour leur classe ou ont bâti un site Web pour transmettre de l’information. Bien que très pratiques, ils imposent une connexion en tout temps. Un élève pose une question sur Google Classroom à 20h… Le réflexe enseignant de vouloir aider et guider arrive en force… et on répond. Si on ne répond pas, c’est la charge mentale et la culpabilité qui embarquent.

Le perfectionnisme

Il y a aussi toute cette pression qu’on se met sur les épaules. Et si le formulaire que je n’ai pas encore eu le temps de remplir empêchait mon élève d’avoir les services dont il a besoin? Alors, vite, vite! On ne prend pas de pause, on reste après l’école… on ira à la salle de bain à 16h30 à la fin de la journée. Il faut ce qu’il faut! On s’impose le stress de toujours vouloir tout faire et bien le faire. C’est le cas aussi dans bien des planifications d’évaluations où on se relit, on se questionne, on refait trois, voire quatre fois nos questions… et que dire du perfectionnisme qu’on met sur nos corrections d’épreuves! On ne veut pas faire d’erreur… Après tout, notre métier est si important…

Mais ce perfectionnisme… à quel point pèse-t-il sur votre santé mentale et physique?

Les situations non réglées

Pour ajouter à tout ce qui peut faire courir notre hamster dans sa roue, il y a toutes les situations non réglées en fin de journée que nous apportons à la maison. Est-ce qu’il y a quelque chose de pire que de lire à 16h un courriel provenant d’un parent, d’un collègue ou d’une direction qui nous dit: “J’’aimerais vous parler demain…” Ah que les scénarios dans notre tête se font aller. C’est assez pour nous empêcher de dormir!

Certaines situations difficiles avec des élèves viennent miner la soirée également. Lorsqu’on termine la journée avec un situation problématique avec un ou une élève et qu’on sait qu’on doit faire un retour le lendemain, la hamster court à toute vitesse et analyse la situation dans tous ses angles afin de trouver la meilleure façon de récupérer le lien le lendemain.

Alors quoi faire?

Il est impossible de penser qu’on peut “mettre la switch à off” complètement. Il faut par contre apprendre à s’écouter et à mettre en place de petites actions pour mieux vivre notre métier.  Les services aux élèves, nous l’espérons, seront améliorés éventuellement… mais ça prendra du temps (et de l’argent). Certaines situations, par contre, existeront toujours. Des élèves qui ont des difficultés, de la peine, des parents fâchés qui veulent s’exprimer, des cours à préparer et des corrections à faire seront toujours là. Il faut donc trouver des façons de bien gérer ça et ne pas être mode “attente de solutions”, mais en mode “action”.

Plusieurs m’ont dit chercher des solutions, mais avoir beaucoup de difficulté.  “Je réussis à décrocher si je suis à jour dans ma planification et dans ma correction, mais s’il me reste quelque chose à faire, j’ai beaucoup de difficulté à prendre du temps pour moi sans me sentir coupable”, me confie une enseignante du secondaire. Certains ont appris à alléger leur horaire et à se laisser des trous. Par le passé, je travaillais sur mon heure de dîner. J’ai décidé depuis quelque temps de m’accorder cette pause dans ma journée. Est-ce que ça a tout réglé? Pas du tout! Mais en prenant cette pause, je me sens mieux pour terminer ma journée. Je dois en faire beaucoup à la maison, mais j’essaie d’étaler le tout et de ne pas y passer toute la soirée.

C’est très difficile, le lâcher-prise, car les journées sont de plus en plus longues.

“C’est très difficile, le lâcher-prise, car les journées sont de plus en plus longues. Alors une fois arrivé à la maison, on résume notre journée à notre conjoint pour évacuer un peu et ensuite, on se met à programmer celle du lendemain. Pour ma part, les fins de semaines de trois jours m’aident à penser plus à moi, car j’ai plus de temps pour faire des activités”,  me dit une enseignante en arts plastiques en adaptation scolaire. Faire des activités est ce que les enseignants mentionnent aider le plus. Le sport, comme la marche ou la course, est beaucoup mentionné, mais aussi les arts, la couture et toute autre tâche créative. La méditation et le yoga aident aussi plusieurs à décrocher. La méditation aide d’ailleurs à contrôler ce fameux hamster qui n’arrête jamais. Si vous n’avez jamais essayé la méditation, sachez que c’est très accessible. Il est possible d’en faire n’importe où et de trouver des méditations guidées simples et souvent gratuites pour débuter.

Plusieurs mentionnent aussi le temps passé en famille. Il est certain que lorsque l’on court après son petit de deux ans, on n’a pas vraiment le temps de penser! Plusieurs mentionnent mettre une limite les weekends. “De plus en plus, pour ma santé mentale, je m’oblige à ne pas travailler de soir et le moins possible la fin de semaine. Je cours après mon temps en classe, mais je dors mieux. Penser à soi, c’est égoïste, mais nécessaire pour aider les autres”, me dit une enseignante au primaire. Déconnecter des réseaux sociaux et des courriels est une autre bonne façon. Expliquez aux parents et aux élèves que vous répondez dans un délai de 24h ou de 48h selon votre situation et acceptez de ne pas répondre.

Passer du temps entre amis aide aussi beaucoup. Par contre, lorsque ces amis sont aussi des enseignants, la conversation tourne vite sur des sujets d’école. En discuter avec des collègues peut toutefois être aussi une bonne façon de trouver une solution pour ensuite pouvoir décrocher. Parfois, il faut aussi être capable de se dire : “Je m’inquiète, mais je dois dormir, je dois prendre soin de moi et travailler le lâcher-prise de ces pensée envahissantes.” Comme le dit si bien une enseignante du primaire : “Je dois donc me rappeler que c’est ma «job» et non ma vie”. Notre métier fait partie de notre vie, et nous sommes passionnés, mais il faut aussi être conscients que nous sommes humains et avons besoin de nous ressourcer pour être de bons profs!

“Je dois donc me rappeler que c’est ma «job» et non ma vie”.

On ne peut pas prendre soin des autres si on ne prend pas soin de nous en premier. C’est très cliché, mais n’est-ce pas ce qu’on nous explique chaque fois qu’on prend l’avion? Il faut mettre son masque d’oxygène en premier! C’est dans notre nature d’enseignant d’être dévoué au travail, mais la ligne est mince entre passion, dévouement et épuisement.  Je vous propose cette semaine un outil que vous trouverez dans la section boutique du site, une façon de faire votre liste de tâches en organisant les choses en ordre de priorité. Je vous mets au défi de mettre en priorité votre santé mentale et physique et des moments où vous allez décrocher de la façon qui vous convient. On peut facilement se créer une liste de tâches interminables. Si faire une liste vous aide, tant mieux! Mais n’oubliez pas de VOUS prioriser sur cette liste.

Merci aux enseignants qui ont accepté de me partager ce qu’ils vivent! Vos partages alimentent mes billets de blogues et aident vos collègues assurément! J’adore vous entendre! Mille mercis!

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