Apprentissage,  Covid-19 2020,  Enseignant connecté,  Formation,  Gabriel Gaudreault

La distance

Image par StartupStockPhotos de Pixabay

Gabriel Gaudreault Espaceprof

Gabriel Gaudreault

Enseignant au professionnel


Ça fait maintenant quelques jours que j’ai le petit hamster cérébral qui se laisse aller. C’est vrai que l’enseignant confiné que je suis n’est pas tellement habitué d’avoir le cerveau aussi libre en cette période de l’année. Tout comme beaucoup d’entre vous, je vis beaucoup d’incertitude quant à l’année scolaire en cours. Je pense à mes élèves, à leur réussite et comment nous sortirons de cette situation exceptionnelle.

Dans certains pays, et même certaines écoles du Québec, on a entamé un processus d’enseignement à distance. Sincèrement, j’ai beaucoup d’admiration pour les écoles qui ont réussi à entamer un tel cheminement. Cela a certainement dû provoquer une panoplie de changements et engendrer une adaptation incroyable autant pour les enseignants que pour les élèves. Je leur lève mon chapeau. Or, cette réalité de l’éducation à distance peut parfois être perçue comme miraculeuse en ces temps de confinement, mais elle est très loin de l’être.

L’enseignement à distance se heurte, en effet, à plusieurs obstacles. D’abord, la quantité de stratégies d’enseignement que l’enseignant peut utiliser s’avère très limitée. De plus, ces stratégies rendent généralement les élèves passifs dans leurs apprentissages. Cet outil, qu’est l’enseignement à distance, nécessitera donc beaucoup plus d’efforts et de discipline de la part des élèves pour réaliser les mêmes apprentissages que s’ils les réalisaient en classe dans le cadre d’une activité participative.

Il faut également réfléchir à la réalité de chaque matière à dispenser. En ce qui me concerne, j’enseigne dans un centre de formation professionnelle. Je ne peux m’empêcher de penser à certains programmes de formation comme ceux des métiers de la construction. Avez-vous déjà connu un charpentier ayant complété sa formation à distance ? Avouez-le, nous serions un peu nerveux à l’idée de l’engager. Toute matière nécessitant des heures de pratique sera excessivement difficile, voire impossible, à adapter à l’enseignement à distance.

L’évaluation est une autre facette qui sera affectée par une méthode d’enseignement à distance. Certes, il est possible d’évaluer le savoir d’un élève à distance à l’aide d’outils technologiques comme la caméra et divers logiciels. Cependant, qu’en est-il du savoir-être et du savoir-faire? Comment fait-on pour les évaluer ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, un enseignant est constamment en évaluation. Lorsque ce dernier circule dans sa classe durant un exercice, il évalue la capacité de ses élèves à le compléter avec aisance. Lorsque l’enseignant pose des questions directement à un élève, il évalue ses connaissances et la capacité de cet élève à reformuler la théorie préalablement vue. Les enseignants sont constamment aux aguets afin de déceler un potentiel risque d’échec. Impossible d’avoir cette même rigueur évaluative à distance.

Cela étant dit, j’ai aussi entendu et lu bien des éléments qui m’ont choqué dernièrement quant aux innovations que certains tentent de mettre en branle. Parfois, j’ai cette impression que j’ai des collègues réfractaires aux changements. Il m’arrive aussi de croire que certaines personnes sont prêtes à traverser vents et marées pour être sures et certaines de ne pas avoir à travailler. Nous ne sommes pas en vacances, mes amis. Nous sommes en crise. Si vous êtes de ceux qui préférez rester assis sur vos lauriers en regardant les trois quarts d’une année scolaire s’envoler en fumée, ayez au moins la politesse et le savoir-vivre de laisser les passionnés tenter de sauver les meubles.

De grâce, épargnez-moi les arguments portant sur les inégalités des uns face aux autres. L’ensemble de la vie est injuste et inégale que ce soit en temps de pandémie ou en temps normale. Vous êtes enseignants, on vous paie pour composer avec les inégalités.

Au final, l’enseignement à distance n’est pas parfait et ne s’applique pas à toutes les circonstances. Toutefois, peut-on réellement en vouloir ou tenter de décourager ses pratiquants? Dans le contexte actuel, je ne crois pas.

Le prof.

Vous avez aimé l’article de notre collaborateur/collaboratrice? Consultez sa page pour voir ses autres publications!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *