• Espaceprof,  relation d'aide,  Santé mentale

    Quand une confidence d’élève devient une dénonciation


    Valérie Harnois

    Enseignante au secondaire


    Les trucs et conseils présentés dans le présent billet sont issus des recommandations de la Direction de la Protection de la Jeunesse, de l’Institut Nationale de Santé Publique du Québec, L’Institut de Recherche Robert-Sauvé en Santé et Sécurité du Travail et de l’Ordre des Psychologues du Québec. Je les ai adaptés à la réalité enseignante avec mes connaissances et expériences en enseignement et criminologie. Ces conseils et trucs visent à vous outiller dans les interventions avec les élèves. Ils ne remplacent pas des conseils juridiques ou des services professionnels dont vous ou vos élèves pouvez avoir besoin.


    Les confidences : un cheveu sur la soupe

    Les élèves nous font souvent des confidences. Nous ne pouvons que nous réjouir de cette confiance qui nous démontre l’étendue de la bonne relation que nous avons avec l’élève. Dans la tâche enseignante, sous la rubrique appelée « … et toutes autres tâches connexes, » nous portons parfois le chapeau de confident à différents degrés. Ces élèves voient en nous un guide et une ressource humaine précieuse. Quant à moi, une confidence est un des meilleurs compliments professionnels que je peux recevoir, à égalité avec une amélioration des notes phénoménales. 

  • Enseignement positif,  Espaceprof

    Pourquoi les ados?


    Nadia Bélanger

    Enseignante au secondaire


    On me pose souvent cette question quand on me demande ce que je fais dans la vie et que je réponds: « Je suis enseignante au secondaire ».

    Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles j’ai choisi les ados!

    Les ados sont les adultes de demain, ils sont porteurs d’espoir et de changement. Lorsqu’on prend le temps de les écouter (et non pas simplement de les entendre), on se rend compte à quel point le monde change, les idées évoluent. Les ados ne manquent pas d’idées révolutionnaires. Quand on regarde les bibliographies de grands révolutionnaires comme Mark Zuckerberg ou Elon Musk, on peut vite comprendre qu’adolescents, ils ne manquaient pas d’idées non plus. Alors quand je veux m’imaginer à quoi va ressembler l’avenir, j’écoute et j’observe mes ados dans mes classes et je suis toujours positivement étonnée! Et si on misait l’avenir sur leur présent?

  • Espaceprof,  Gestion de classe

    Les décisions en gestion de classe; comment gérer l’efface qui vole?


    Valérie Harnois

    Enseignante au secondaire


    Ah! la gestion de classe… cette bête noire qui est aussi vaste que le domaine de la psychologie lui-même et qui détermine la destinée d’un groupe, de leur apprentissage, de leur plaisir à venir en classe, du plaisir et du désir de l’enseignant à enseigner et à travailler. C’est aussi la première cause de stress et de congé de maladie chez les enseignants (Royer, Loiselle, Dussault, Cossette, & Daudelin, 2001; RRQ)! Cette tâche est si complexe qu’elle nous est souvent difficile à définir. 

    Les experts nous suggèrent souvent une liste d’interventions, graduées en intensité, à utiliser avec les élèves. Ils nous suggèrent aussi des méthodes de prévention et, au Québec, c’est la relation maître-élève qui est privilégiée unanimement. Mais qu’en est-il de l’entre-deux? Entre la prévention et la réaction, il y a la décision. Cette étape est souvent sous-estimée en fait de charge cognitive des enseignants, mais tant importante. Afin d’illustrer cette étape si importante, je vous propose le scénario où l’enseignant voit, dans sa classe remplie d’élèves, une efface voler. Ok, elle ne vole pas vraiment, mais comme on n’a vu personne la lancer et qu’elle se retrouve aéroportée, c’est tout comme si elle volait. 

  • Enseignant connecté,  Enseignement positif,  Portraits d'enseignants

    Portraits d’enseignants: Mylène Bélanger

    Mylène Bélanger a gentiment accepté de répondre à nos questions et d’être notre premier portrait d’enseignant Espaceprof. Mylène enseigne la musique au primaire depuis plusieurs années. Elle a fait des études en éducation musicale et en interprétation à l’Université Laval. Elle enseigne la musique depuis plus de 14 ans et a travaillé dans divers milieux, autant au secondaire qu’au primaire. Elle a aussi enseigné en adaptation scolaire, en classe de comportement, en classe TSA et en classe de déficience intellectuelle. Depuis 2008, Mylène enseigne la musique à la Commission scolaire des Découvreurs et œuvre dans une école défavorisée auprès d’élèves ayant des besoins particuliers ainsi que d’élèves immigrants en francisation Elle a développé au fil des années des outils et des méthodes pour rendre son enseignement plus accessible à sa clientèle.

    Mylène collabore avec plusieurs chercheurs afin de baser sa pratique sur des fondements scientifiques. Elle est très impliquée dans son propre développement professionnel, mais aussi celui des enseignants. Elle a d’ailleurs développé une formation en ligne sur la gestion de classe avec Cadre 21 (formations qui sont gratuites pour les enseignants, à explorer!). Elle administre également un groupe Facebook Enseigner la musique autrement et un autre groupe Gestion de classe: Pratiques gagnantes. Elle est aussi la cofondatrice de Hors Stand’Art  qui a pour mission d’offrir des formations et du matériel spécialisé pour répondre aux besoins particuliers des enseignants de musique qui enseignent aux élèves présentant des besoins particuliers. 

  • Enseignement positif,  Espaceprof,  Motivation,  Reconnaissance

    Chers enseignants qui ont changé ma vie!


    Elisabeth Nelson Dupré

    Enseignante au primaire et au secondaire

    facebook.com/mmeelisabeth/


    Chers enseignants qui ont changé ma vie! Si vous saviez à quel point vous faites partie de ma réussite professionnelle. Si vous saviez à quel point vous avez fait une immense différence dans ma vie. Chacun de vous, à votre façon, vous avez fait toute la différence. 

    J’ai perdu mon papa à l’âge de 14 ans, j’étais en 2e secondaire, on revenait du congé de Noël, et je voulais mourir tellement j’avais mal … Et tu as vu la douleur que je ressentais, tu as vu que je n’allais vraiment pas bien … Tout mon monde venait de s’écrouler et toi, tu as fait toute la différence …. Tu m’as dit, dans mon mot de fin d’année, que tu t’assurais toujours du coin de l’oeil que j’allais bien … si tu savais comment tu m’as sauvé la vie. Merci Monsieur Labrèche.

  • Climat de classe,  Enseignement positif,  Espaceprof,  Gestion de classe,  relation d'aide

    Faisons tomber les étiquettes


    Nadia Bélanger

    Enseignante au secondaire


    Dès la première rencontre de niveau, les premières étiquettes sont données aux élèves: « bavard », « trop d’attitude », « paresseuse ».

    Dès la première semaine, les nouveaux enseignants ne sont pas épargnés, étiquetés rapidement: « va être bon », « veut se faire aimer » , « prend beaucoup de place ». On ne tarde pas non plus à leur faire part des étiquettes des anciens: « les élèves l’adorent », « a l’air bête ».

    Il y a des étiquettes qui sont utiles pour l’enseignant(e), car elles permettent d’éviter des situations embarrassantes ou des réactions inadéquates envers certains élèves ou des collègues qui ont des problématiques particulières.

  • Enseignement positif,  Motivation,  Reconnaissance

    L’impact d’un-e enseignant-e


    Alexandra Coutlée

    Conseillère pédagogique au primaire et au secondaire, fondatrice d’Espaceprof


    Chaque année, des dizaines, voire des centaines d’élèves peuvent passer dans nos classes. Parfois, on a de leurs nouvelles, on reçoit un petit mot gentil qui nous parle de l’impact qu’on a eu dans leur vie. Parfois, c’est à leur collation des grades ou à leur bal de finissants qu’ils nous partagent que le petit moment que nous avions passé à essuyer leurs larmes lors d’une rupture amoureuse ou le moment où nous avons écouté les problématiques qu’ils vivent à la maison les ont beaucoup aidés et qu’ils nous remercient. La majorité du temps, par contre, on ne sait pas vraiment officiellement si on a eu un impact.  On voit, bien sûr, l’impact qu’on a eu lors des résultats scolaires des examens ministériels, mais ce n’est pas un impact si clair. Mais être enseignant, tout le monde le sait (du moins je l’espère), c’est bien plus que de transmettre des notions d’anglais, de français, de mathématiques, de science ou encore d’arts. Et on a tous un ou une enseignante qui nous a marqué.

  • Enseignement positif,  Espaceprof,  Gestion du temps,  Nouveaux enseignants,  Santé mentale,  Santé Physique

    Être bien avec soi, avec sa profession


    Cloé Janelle

    Enseignante en adaptation scolaire


    Il s’agit de ma deuxième année comme titulaire de classe et j’en suis très heureuse! Pour l’instant, j’ai trouvé un équilibre entre le travail et la vie personnelle. 

    Mon truc : prendre le temps de faire les choses, c’est-à-dire prendre le temps d’aller à la salle de bain pendant la journée, de ranger mon bureau, d’aller discuter avec une collègue, d’aller porter ma tasse de café dans la salle des profs, de retrouver mes factures perdues, etc. 

    Ainsi, lorsque je rentre de l’école, j’ai passé une meilleure journée et je me sens bien avec mon emploi, ma profession. Même qu’en soir de semaine, je fais des activités avec mon copain; je me sens presque la fin de semaine! 

    Je réalise à quel point je ne prenais pas soin de mon bien-être l’année scolaire dernière et que cela avait un impact sur mon humeur, donc sur les élèves et sur ma vie personnelle. Je me sens bien, je me sens heureuse.

    Bon début d’année, chers collègues enseignants! 

  • Espaceprof,  Gestion du temps,  Motivation

    Les comités


    Alexandra Coutlée

    Conseillère pédagogique au secondaire et au primaire, fondatrice d’Espaceprof


    Un enseignant fait bien plus qu’enseigner. Tout le monde sait qu’un enseignant est aussi parfois psychologue, infirmier, conseiller d’orientation et bien plus encore… Toutes autres tâches connexes! Une de ces tâches, qui passe bien inaperçue, est la participation à divers comités. Une école, pour qu’elle soit pleine de vie, a besoin d’activités, de dialogues, d’innovation, d’organisation et de créativité. Il n’est donc pas rare de voir les enseignants s’impliquer dans diverses tâches telles que organiser le bal de finissants, participer à un comité qui planche sur des solutions pour les élèves en difficulté d’apprentissage ou encore siéger sur le conseil d’établissement de l’école et veiller à son bon fonctionnement.

    En début d’année scolaire, les enseignants choisissent les comités auxquels ils vont se rattacher. Certaines écoles imposent la participation à au moins un comité, d’autres demandent la participation de volontaires. La liste des comités possibles est aussi longue et aussi diversifiée que le sont les milieux scolaires. Espaceprof vous fournit ici une liste recueillie grâce aux partages de nombreux enseignants des comités présents dans les écoles. Cette liste n’est pas complète, bien sûr, puisque chaque école et chaque milieu n’a pas pu être rejoint. Par contre, elle vous donne une idée des nombreuses façons dont les enseignants s’impliquent, en plus de leurs tâches pédagogiques. Cette liste peut aussi vous aider à créer, dans vos milieux respectifs, des comités qui vous rejoignent et rejoignent vos champs d’intérêt, vos valeurs et vos convictions. Vous pouvez également nous soumettre, à même le document, les comités manquants de notre liste. Nous ajusterons le document selon vos partages.

    Pourquoi s’impliquer?

    Alors que la tâche d’enseignement est déjà bien remplie, pourquoi un enseignant choisirait-il de faire partie de ces comités? Nous avons sondé les enseignants d’Espaceprof et plusieurs nous ont donné différentes raisons. Premièrement, plusieurs comités s’ajoutent à la tâche d’enseignement et ajoutent des minutes de temps dans l’horaire (ce qui parfois évite d’autres tâches un peu moins motivantes comme la surveillance de corridor). Plusieurs enseignants mentionnent vouloir faire une différence dans leurs milieux, vouloir partager leurs idées et travailler en collaboration. Certains comités donnent le sentiment de faire avancer une cause, comme dans le cas d’un comité sur les difficultés d’apprentissage ou un comité sur l’environnement. Il est possible de participer à l’élaboration de projets concrets qui amènent des changements dans notre milieu. Plusieurs mentionnent le plaisir comme motivation, par exemple, lorsqu’on s’implique dans le comité social afin de faire régner une bonne atmosphère au travail. Certains s’impliquent, car ils trouvent important de prendre part aux décisions budgétaires et organisationnelles. Ils s’impliquent et participent donc à la démocratie scolaire, représentent d’autres enseignants et sont au courant de ce qui se passe dans l’école. Ils peuvent même, parfois, influencer certaines décisions des gestionnaires! Certains comités sont stimulants et créatifs, comme par exemple le comité de l’album des finissants ou un comité décoration. Ceux-ci permettent aussi de laisser sa trace auprès des élèves de l’école, d’être en charge des traces que les élèves ont laissé à l’école également. 

    S’impliquer alors que la tâche est déjà bien remplie peut aussi représenter certains inconvénients. Plusieurs comités ne sont pas reconnus à leur juste valeur pour le temps qu’ils demandent. Certains ne sont pas reconnus du tout dans la tâche aussi. Les comités prennent parfois beaucoup de temps dans l’année et permettent donc moins de temps pour la préparation, la correction et même du temps personnel! Il est donc important de se respecter dans les choix de comité. Par exemple, si on débute en enseignement, il n’est peut-être pas très judicieux de donner son nom pour deux, trois voire quatre comités. On peut peut-être en choisir un seul pour la première année et s’impliquer différemment. Peut-être qu’il faut choisir de ne pas s’impliquer du tout dans un comité lors de cette année si on sait que la situation à la maison sera plus exigeante ou, par exemple, si on a un nouveau niveau et qu’on vit un peu d’anxiété à ce sujet. Il faut savoir s’écouter, bien choisir son implication et savoir reconnaître ce qui sera trop pour nous. Il y aura bien suffisamment de façons de s’impliquer pendant l’année scolaire! On pourra y aller de façon plus ponctuelle, comme  en offrant à son collègue en musique de vendre les billets à la porte une soirée dans l’année ou en participant ponctuellement aux discussions d’un comité et y apporter notre avis.

    Quand c’est possible, et que ça entre dans notre tâche (et que et que ça respecte notre équilibre de vie), faire partie d’un comité peut être très valorisant. Ça permet de se tenir informé et de sentir qu’on apporte quelque chose dans un dossier qui nous tient à cœur et qui répond à nos valeurs. C’est aussi de belles occasions de collaboration entre enseignants, mais aussi avec les élèves, les parents, et même la direction d’école. Ça peut être énergisant et motivant. Il faut simplement savoir s’écouter, se respecter, bien choisir son implication et ne pas en prendre trop pour que ça devienne un ajout à la tâche!

  • Enseignement positif,  Espaceprof,  Motivation,  Passion

    Semeur


    Gabriel Gaudreault

    Enseignant en formation professionnelle

    https://leblogueduprof.com


    J’ai toujours été un homme qui trouvait son port d’attache beaucoup plus dans la campagne que dans la ville. C’est comme si ces vallées verdoyantes et ces plaines luminescentes me rappelaient d’où je viens et d’où nous venons tous. Nous avons souvent tendance, à travers nos mille et une responsabilités, à oublier nos racines dans ce qui n’est pas réellement; l’argent, le besoin de nourrir son propre égo à travers le prestige et la reconnaissance…

    Vous êtes-vous déjà arrêtés pour observer les gens qui travaillent dans un champ? Ou n’avez-vous simplement jamais tourné la tête en voiture pour observer les gens qui y travaillent à toute heure du jour ou de la nuit? C’est impressionnant de voir à quel point ces travailleurs ont du cœur au ventre. L’autre jour, alors que j’observais quelques-uns de ces vaillants travailleurs depuis ma voiture arrêtée dans le trafic, je me mis à rêvasser réveillé.

    Soudainement, je ne voyais plus ce grand tracteur racler la terre, je ne voyais qu’un homme, au loin, travailler la terre de ses mains. Ce dernier semblait tellement concentré sur ce qu’il faisait, c’était comme si rien autour de lui n’aurait pu le déranger dans ses actions. Toujours dans mon rêve, je sortis de mon véhicule, en plein milieu de route, et je me dirigeai vers cet homme.

    Plus je m’approchais, plus les sons des voitures et du trafic disparaissaient, j’étais en mesure d’entendre le bruit de mes souliers se déposer sur le sol. Une fois à ses côtés, le silence était tel que je pouvais entendre le bruit de la terre brune glisser entre ses doigts. Je me tenais, là, juste à côté de lui, et il ne se détournait toujours pas de son travail. Ses mains étaient ridées et brunies par le soleil, on aurait presque dit du cuir. Sous son chapeau en paillette, j’arrivais à voir une chevelure grisâtre qui se cachait tant bien que mal des rayons UV et de la brise qui soufflait. Ses orteils se trémoussaient dans la terre chaude comme des gamins pourraient le faire dans une petite piscine pour enfant.

    «Bonjour…» que je lui envoyai-je. Il me répondit d’un simple sourire que son regard adoptait également. L’homme semblait si zen et si en paix que c’en était presque déstabilisant pour quelqu’un comme moi qui n’y est pas habitué.

    «Que faites-vous exactement?» continuai-je. «Je sème», qu’il me répondit d’un ton simpliste, «As-tu envie de semer avec moi?» poursuivit l’homme. Je n’ai jamais vraiment eu le pouce vert je dois l’admettre, mais cet homme semblait si calme, peut-être que j’arriverais à être dans le même état d’esprit en l’aidant un peu…

    Sans que je n’aie à dire un mot, l’homme me tendit une poignée de semence qu’il pigeait dans sa poche de pantalon. «Qu’est-ce que c’est?» fut la première question qui me vint en tête. Avant même que mes lèvres ne se séparent pour lui poser cette question, l’homme répondit simplement que cela n’avait guère d’importance.

    Après avoir retiré mes chaussures et levé mes pantalons, je commençai à marcher en envoyant mes semences tout autour de moi, j’adoptai très rapidement toute la grâce du geste. Le son des grains qui tombaient sur le sol chaud me faisait penser à une douce pluie d’été. Dur pour moi de penser à autre chose que ce que je faisais à ce moment exact. En marchant, j’arrivais à voir de jeunes pousses ici et là, de petits germes émergeaient d’un terreau fertile, c’était si beau. D’autre part, je remarquai que certaines régions de terre étaient sèches, arides et où les semences n’avaient qu’été asséchées par le soleil. Le vent dans les cheveux, ses doux chuchotements dans les oreilles, j’étais à l’aube d’une grande leçon que la vie allait me servir sur un grand plateau d’argent.

    J’entendis les pas de l’homme qui s’approchaient de plus en plus de moi, derrière moi, cette espèce de bruit de glissement que la terre faisait au contact de sa peau. Il déposa sa main sur mon épaule et me dit : «Tu sais Gabriel, tu peux aimer ensemencer ces parcelles de terre, tu peux y trouver le goût de t’investir, de céder à l’envie de te laisser guider par cette passion qui t’anime tant. Toutefois, n’oublie jamais une chose : une fois que cette semence aura quitté ta main, tu n’y pourras plus rien. Tu pourras, tant bien que mal, souhaiter qu’elles atteignent les meilleurs terrains, mais encore, lorsque le grain aura quitté ta main, il n’en tiendra qu’à la vie d’en faire un germe ou non. C’est ainsi que l’on donne, de son être, mon jeune ami. Certes, tu auras parfois plus envie que le germe lui-même de pousser et de fertiliser, mais à ce moment précis, tu n’auras d’autre choix que d’accepter que la vie a son propre équilibre. N’attends pas d’elle autant que ce tu donnes.»

    En me retournant, le champ avait disparu. J’étais dans ma classe. Devant moi, des élèves et, dans ma tête, des savoirs à semer. Tout comme sur cette grande terre, je me mis à marcher et de mon geste le plus gracieux, à semer le meilleur de qui je suis…

    Le prof.

    Publié originalement sur: https://leblogueduprof.com/2016/05/25/semeur/